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 Aux couleurs d'Alzen

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MessageSujet: Aux couleurs d'Alzen   Mar 31 Mai - 14:47

    Même si j'avais l'habitude de voyager, les dirigeables me procuraient toujours une sensation étrange. Comment expliquer à une créature qui avait été conçue pour marcher, qu'elle se trouvait à présent à des centaines de mètres du sol ? Moi, j'avais du mal, ça me donnait envie de fumer, ça me stressait ; le chaton dans un panier en osier en face de moi me dévisageait de ses yeux ahuris. Entre êtres terrorisés nous nous comprenions je suppose.

    Assis en première classe sur un siège de cuir sombre, je regardais par la fenêtre le ciel du matin zébré de nuages dilatés et des véhicules d'Alzen. Des petits bolides de fer et d'acier, qui filaient comme des oiseaux en périphérie de la cité voyante.

    Alzen. La cité de la Science comme Amenthalys était la cité des Arts et des Lettres. J'adorais les charmes anciens de ma cité. Son soleil, son vieux port et sa mer d'azur ; la Place, les Galeries de magasins et ses quartiers bourgeois. Mais je devais avouer en toute objectivité que cette ville volante était l'une des choses les plus follement impressionnantes que je n'ai jamais vu. Immense et fière, elle flottait paresseusement au milieu des nuages, ses immeubles immenses semblaient s'élever de jours en jours. Et ce bourdonnement perpétuel qu'on commençait à entendre depuis le dirigeable. Les voix de la population, les musiques et les informations dans les hauts parleurs, les animations des rues et les courses. Surtout les courses. Un bruit assourdissant qui n'existait pas à Amenthalys et qui me mettait un peu mal à l'aise lorsque je regardais ses insectes de métal, tout en moteurs, passer devant moi en hurlant.

    Nous arrivions ; je me levai. La jeune fille en face de moi m'imita et ramassa le panier en osier duquel s'échappa un miaulement protestataire. Je souris rêveusement en les regardant se diriger vers la porte du compartiment. Au vu de ses cheveux bleus, cette fille rentrait chez elle quand moi je m'éloignais de ma patrie. J'attrapai ma veste et mes gants rouges avant de sortir à mon tour. Dehors, le bruit d'Alzen se faisait plus pénétrant. Une bourrasque de vent ébouriffa mes cheveux blonds et m'apporta une odeur de carburant et de pluie. Je fis quelques pas dehors et contemplai un instant les nuages noirâtres s'amasser autour de la ville. Quelques gouttes de pluies s'écrasèrent sur mon T-shirt gris ; je pressai le pas pour me réfugier dans les galeries vitrées de l'aéroport. Là bas, je trouvai ma valise de cuir que je pris nonchalamment. Sa taille et son poids plume tenaient au fait que je préférais acheter sur place plutôt que de me promener avec un porte conteneur comme la femme à côté de moi qui transportait suffisamment de malles pour habiller tous les clochards d'Opale. Je poussais un soupir désespéré lorsqu'elle me dépassa. Les femmes...

    Après ce voyage, je devais absolument trouver une chambre d'hôtel. L'ami chez lequel je séjournai habituellement hébergeait déjà une partie de sa belle famille venue, comme moi, pour célébrer son mariage qui aurait lieu dans deux jours. J'étais donc pour ainsi dire à la rue, seul, muni d'un valise microscopique et de beaucoup plus d'argent que j'aurai du. Car, malgré les mises en gardes de ma mère et de mon grand frère je vivais toujours au-dessus de mes moyens. J'étais pourtant une personne responsable et suffisamment intelligente pour comprendre que Lewis et moi étions des paniers percés. Mais je ne pouvais m'empêcher de dépenser, de vivre selon mes envies, sans vraiment travailler et en voyageant dans le monde entier.

    Un homme pressé me bouscula et s'excusa rapidement avant de disparaître dans le flux humain qui parcourait l'aéroport. Ma tête tournait, tous ces mouvements précipités me rendaient encore plus nerveux que les voyages à des centaines de mètres du sol. Je cherchais donc une terrasse et m'assis sur une chaise en fer à un café sous le hall titanesque. Je n'étais encore encore rentré dans Alzen que je me sentais déjà épuisé. Un serveur habillé à la mode locale vient prendre ma commande. Parmi les parfums farfelus et de préférence improbables qu'il me proposait pour agrémenter mon café, je me perdis ; il me laissa quelques parts entre « fraise-banane » et « chocolat-menthe-thé glacé ». Je finis par bredouiller, un peu égaré :

    « Et du café au lait. Vous en avez ? »

    Il me regarda étrangement. Me dévisagea longtemps avant de hausser les épaules et de s'éloigner. Je pris cela pour un oui et guettais rêveusement sa tignasse violette de l'autre côté de la salle. Quelle heure pouvait-il être ? J'étais parti d'Amenthalys vers huit heures du matin, il faisait alors un soleil radieux. Pour je m'étais assoupi dans le dirigeables avant de me réveiller à plusieurs reprises à mesure de l'approche d'Alzen. La fille au chat était venue s'installer en face de moi qu'après un certain temps. Il devait donc être entre dix et onze heures maintenant. D'ailleurs, je commençais à avoir faim. Je me pris à rêvasser et à sortir un gros livre à la couverture en simili cuir. Je l'avais acheté pour rien chez un bouquiniste. Il avait paru ravi de s'en débarrasser et aurait sûrement accepté un prix moindre. Un livre de l'ancien monde peut-être. Celine, le voyage au bout de la nuit. Une histoire de guerre, de mort, en tout cas dans les cent premières pages que je venais de lire.

    « Voilà votre café ! »

    Je levai la tête et remerciai mon serveur. Hormis sa couleur bleu clair, le liquide qui fumait dans ma tasse ressemblait à ce que j'avais commandé. Mais alors que j'allais le goûter, j'aperçus au loin, une chevelure qui me vrilla le cœur. Ma main se crispa sur mon livre.
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Mer 8 Juin - 23:08

Pour quelqu'un qui vivait dans un lieu aussi peuplé qu'une piscine à ciel ouvert en plein mois de décembre, observer un attroupement de gens était quelque chose d'inhabituel. Himmel s'y était habituée, un peu malgré elle. Et ledit attroupement eut lieu cette fois dans le dirigeable dans lequel elle voyageait, par malchance. C'était une soi-disant star perchée sur des talons d'un mètre de haut, faisant passer la blondinette pour une fourmi, qui était suivie de ses dizaines de groupies poussant des gloussements atroces. Pas de chance. La jeune fille s'était reconcentrée sur le ciel.

D'ailleurs, pourquoi ne pas commencer par le commencement: pourquoi Himmel s'était-elle aventurée dans les hauteurs d'Alzen? La réponse était toute simple et tenait en un mot: courses. Car voyez-vous, Almancar n'est pas vraiment le lieu idéal pour acheter des denrées alimentaires (à moins que vous ne voulez acheter du poison, auquel cas c'est le meilleur endroit possible), donc la damoiselle était obligée d'emprunter le dirigeable une fois par mois pour aller se réapprovisionner.

Voilà la raison pour laquelle, entre autres, un immense sac était posé sur ses genoux, celui-ci ne contenant pour le moment que son harpon duquel elle ne se séparait pas. La jeune fille portait un haut ample et rose pastel en maille fine, joli mais troué à plusieurs petits endroits, ainsi qu'une culotte courte ivoire. Ces vêtements camouflaient tant bien que mal les bandages omniprésents sur son corps depuis l'attaque de l'inconnue. Pour compléter la tenue, de grosses bottes anciennes de cuir qui lui feraient sûrement plus de mal que de bien à la fin du voyage. Voilà la petite tête blonde parée pour les aventures à venir.
Il est temps qu'elles commencent. Le dirigeable se stoppa et Himmel traça pour ne pas avoir à supporter une seconde de plus ces rires niais. Cependant voilà, si le moyen de transport était déjà chargé pour elle, l'aéroport était pire. Ici et là, ce n'était que foule, foule, foule. Pas un espace de libre, et pour quelqu'un comme elle qui n'aimait pas le contact, le chemin jusqu'à la sortie prenait des airs de parcours du combattant. Mais quand il fallait y aller...

Au bout de dix minutes de bataille, elle arriva jusqu'à un plan détaillé du lieu. A vrai dire, une seule légende l'intéressait: "Sortie". Le sempiternel "Vous êtes ici" semblait à des lieues de chaque sortie. Elle soupira, quand l'esprit qui la suivait régulièrement ces derniers temps vint la solliciter.


*J'ai l'impression qu'il y a quelqu'un que tu connais là-bas...*

-Description?

*Blond, la vingtaine, l'air absent*

-Et ou, là-bas?

*Tourne la tête*

L'esprit s'évapora, Himmel pivota légèrement à droite. Et il n'avait pas menti. Attablé, un café devant lui et un livre à la main, Carol était là, la regardant avec surprise. Le regard légèrement assombri par ses cheveux, elle le lui rendit. Mais devant tant d'insistance, elle saisit son sac et se dirigea lentement vers lui. Cela prit quelques secondes pour arriver à sa hauteur, des secondes qui parurent déjà trop longues. Tellement longues qu'elle ne commença que par un mot, restant debout à ses côtés:

-Bonjour.

Que dire d'autre pour lancer une conversation après tout?
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Mar 14 Juin - 19:47

    Mon cœur se serra. Elle se retourna soudain vers moi. Je la reconnaissais, il n'y avait aucun doute, c'était bien elle. Ces yeux d'émeraude qui ne me trouvaient pas, ce visage si pur, si enfantin qui finit par s'incliner vers moi. Mon souffle fut coupé lorsque que je la vis s'avancer. Un pied après l'autre ; un pas suivant l'autre, elle se dirigea vers ma table. Les visages et les silhouettes alentours ne semblaient n'être que des ombres, le temps perdait, me semblait-il, de sa consistance. Le monde tournait au ralenti, jusqu'à mon thé qui se consumait silencieusement. Et mon cœur qui ne battait plus, mes muscles qui se tendaient, toute mon âme n'était concentré que sur le son de ses semelles sur le sol de la gare. J'eus l'impression de sentir son odeur diffuse de petite fille, et ma conscience y sombra que plus aisément que dans le parfum d'une femme.

    Dans ses vêtements élimés qui me paraissaient si charmants, elle parvint à ma hauteur alors que ma respiration scellait encore mes poumons. Elle chantonna :

    « Bonjour. »

    J'aspirai fébrilement une bouffé d'air. Le son de cristal de sa voix anima le monde. De nouveau le brouhaha emplit l'aérogare, les corps se bousculèrent, les pas se firent pressés, mon thé refroidit paisiblement. Finalement, je parvins à contrôler mon émotion et un sourire s'élargit sur mon visage amaigri. Passé l'étonnement puis les quelques secondes de panique, pendant lesquelles j'avais cru à à la combustion spontanée tant mes joues s'étaient empourprées, je me sentis étrangement détendu. Mes mains qui s'étaient crispées dans mes gants pourpres se relâchèrent -sans que je m'en aperçoive - sur mes genoux. Néanmoins, une vague conscience du danger me rappela à l'ordre et me fit refermer rapidement le petit livre rouge. Je le lançai négligemment en direction de mon sac. Inutile d'alarmer la police pendant ce rendez-vous, car aussi bref qu'il pouvait l'être, il se devait d'être parfait.

    Lentement, je me levai pour saluer plus convenablement ma jeune amie en m'inclinant légèrement, l'air cérémonieux. Mes yeux furent subrepticement masqués par mes cheveux blonds. La pensée prosaïque d'un rendez vous chez le coiffeur me chatouilla malgré mes efforts. Finalement, l'onirisme d'un moment était difficile à conserver plus d'une demi seconde avec moi.

    « Bonjour Mademoiselle Himmel. Je suis enchanté de vous voir. »

    Dis-je avant de contourner la table pour en écarter la chaise. Encore appuyé sur le dossier en fer forgé, dont la couleur mauve jurait magnifiquement avec le cousin jaune vif, je lui dis poliment pour l'inviter à prendre place :

    « Je vous en prie, si vous n'êtes pas pressée, je serai ravie de discuter avec vous. »

    Sur ce, je retournai à ma place, face à mon thé. Je remarquai alors le sac que portait Himmel. Le même que lors de notre première rencontre. Objet d'ailleurs qu'elle n'avait pas voulu me laisser porter alors qu'encore aujourd'hui, il paraissait plus large qu'elle. Au jugé de la forme, comme lors de la dernière fois, il devait renfermer une quelconque arme... ou un tas de briques particulièrement épaisses. Comment pouvait-elle s'user mes mains sur une telle chose ? Si elle avait vécue à Amenthalys, jamais elle n'aurait eu à supporter un poids pareil. Du moins le supposais-je naïvement. A 24 ans, encore, je pensais que la pauvreté et la misère n'existaient pas ou peu dans ma capitale. Il fallait dire que j'avais toujours fréquenté les beaux quartiers desquels les clochards et mendiants étaient chassés par les Traqueurs et les forces de l'ordre. Comme les autres habitants aisés, je préférais ignorer la réalité.

    A côté de nous, le serveur revint vivement, repérant sûrement à des kilomètres le pigeon potentiel, même de si bon matin.
    « Mademoiselle, vous désirez ?
    Si vous avez soif Mademoiselle Himmel, je vous offre à boire. »

    Affirmais-je poliment à ma petite invitée.
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Jeu 23 Juin - 12:38

Il avait l'air comme quelqu'un qui ressort de l'eau après une apnée involontaire, aspirant de l'air à tout va pour éviter de mourir sur place. Il regagna sa prestance peu après néanmoins, la saluant avec un grand sourire tout en l'invitant à s'asseoir à ses côtés si elle n'avait rien de plus urgent à faire. Oui bien sur, aller acheter de quoi sustenter son petit ventre et revenir veiller sur ses maigres possessions était bien plus important, mais elle resta là, ne sachant elle même vraiment pas pourquoi. Elle aurait tout aussi bien pu partir, déclinant son offre sans un mot et se retournant, laissant sa cascade de cheveux blonds effacer le précédent regard de Carol dans son esprit. Mais ceci n'arrive pas de toute façon, puisqu'elle accepta l'invitation et s'installa dans le siège qui démontrait une fois encore que les Alzeniens avaient d'étranges goûts au niveau des mélanges de couleurs.

Une fois tous deux assis, le jeune homme ayant regagné sa place et son... liquide vaisselle fumant, ils eurent à peine le temps d'ouvrir leur bouche et de commencer à articuler ne serait-ce qu'une seule parole qu'un serveur assorti au décor surgit juste à côté d'eux, demandant à Himmel si elle désirait quelque chose. Elle n'avait pas soif, et n'avait envie de rien. Mais la phrase de Carol, disant qu'il lui offrait à boire, provoqua chez elle quelque chose d'étrange. Pas à l'extérieur non, ou elle continua de regarder les étranges chaussures de leur serviteur d'un air absent, mais à l'intérieur, elle le sentait, quelque chose était différent.


-... Un thé... Oui, un thé Oolong.

Et, une fois sa réponse eue, il disparut aussi vite qu'il fut arrivé, les laissant seuls l'un face à l'autre. Le monde entier semblait se résumer à cette table et ces deux chaises. Ce qu'il y avait autour n'était qu'un néant. Himmel, sa besogne faite, s'installa mieux dans la chaise, mettant avec soin son sac à ses pieds. Et puis rien. Un autre vide. La jeune fille leva les yeux vers Carol, mais elle se fit à nouveau attraper par ce piège qu'il lui tendait involontairement. Ces yeux d'azur d'une pureté infinie dans lesquels elle se reflétait... Encore une fois, la magie opérait pour elle. L'esprit rencontré plus tôt regardait ça avec un air amusé, comme un soap opera en direct.

En attendant, silence religieux.


-...

Misère, cela commençait à devenir lourd.


-...

Mais dis quelque chose!


-... Que faites-vous à Alzen?... Je croyais que vous habitiez Amenthalys.

Le serveur revint, lui servant une jolie soucoupe remplie de quelque chose qui ressemblait de loin à une eau dans laquelle on avait dilué de la peinture.
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Lun 27 Juin - 15:08

    Elle s'assit face à moi et commanda une boisson à son tour. Rapide comme l'éclair, le serveur ne tarda pas à revenir alors que la conversation n'avait même pas été entamée. Je couvais de mon regard ma charmante voisine qui porta à ses tendres lèvres la porcelaine de sa tasse. Elle n'en bu qu'une, deux gorgées, ses paupières chastement baissées sur ses yeux d'émeraude. Ma bouche se desséchant, j'étais tenté de l'imiter pourtant je n'en fis rien. Je ne voulais pas briser l'harmonie du moment, je ne voulais pas l'effrayer et je restais aussi immobile et attentif que devant un oiseau sur le point de s'envoler.

    Elle releva ses yeux vers moi. Je sentis son regard entrer en moi comme la première fois. Mon cœur fit un bond, mais je me sentais étonnamment bien. Le silence qui planait au-dessus de nous ne me gênait pas, je n'étais pas quelqu'un de bavard de toutes façons. Seul important cette attention qu'elle me concédait avant de brusquement l'éloigner de moi. Elle regarda son thé, je me tournais vers mon café, un peu mal à l'aise désormais. Machinalement, j'attrapai l'extrémité de la petite cuillère pour la faire dessiner des arabesques dans l'eau bleutée qu'à Alzen on avait l'habitude d'appeler café au lait. Je ne voulais même pas savoir comment il avait été fait, pourtant ce devait être une expérience édifiante, je n'en doutais pas. A ma grande surprise, alors que je ne pressai même pas pour reprendre la conversation, je tombai dans les yeux d'Himmel une nouvelle fois quand elle chantonna :

    « Qu'est-ce qu'il vous amène à Alzen. »

    Bonne question. Je lui souris aimablement et lui expliquai avec patience, sans la quitter des yeux. La main gauche toujours posée sur ma cuisse, la droite déterminée à sculpter l'intérieur de la tasse.

    « Je rends visite à des amis. dis-je en désignant ma valise en cuir L'un d'eux se marie dans deux jours »

    Mon sourire s'étendit jusqu'à mes yeux qui se plissèrent de plaisir. Je partageai toujours une partie du bonheur de mes amis. Et j'étais sincèrement ravi pour Maxime, lui qui avait toujours désespéré de finir vieux garçon, épousait à même pas trente ans une jeune fille adorable. Lorsqu'il était venu à Amenthalys pour la présenté à nos amis, j'étais presque tombée amoureuse de son rire cristallin et de ses longs cheveux roux. Aujourd'hui, selon la photo sur la lettre d'invitation, elle arborait un carré rose et mauve mais était toujours aussi ravissante. J'étais conquis pas ce couple idéal et leur souhaitais tout le bonheur du monde. C'est pourquoi je ne pouvais m'empêcher d'avoir l'air terriblement niais.

    Reprenant un peu de mon légendaire sérieux, je m'adressai à Himmel, en décrivant une large courbe de ma main gauche. Mes doigts gantés se retrouvèrent lestement pointés en direction de ma belle amie, tandis que la paume tendait en direction du parapet de verre.

    « Et vous Mademoiselle Himmel ? Pourquoi ai-je le plaisir de vous voir ? »

    Je souriais chaleureusement, mes mouvements étaient calmes et avenants, pourtant les mots qui me venaient à l'esprit étaient toujours aussi incroyablement polis. Certes je n'usais jamais d'un langage familier ou grossier, mais je savais aussi être plus sympathique. Face à Himmel mon vocabulaire la mettait fondamentalement à distance de moi comme pour m'en protéger. Mon subconscient devait tenter de me crier de partir sur-le-champs. De déguerpir et de me faire laver le cerveau de ma brillante demoiselle, de l'oublier et de prier pour ne plus jamais lui parler. C'était aussi ce que je tentais de faire jusqu'à aujourd'hui. Mais je me rendais compte de la vanité et de l'ineptie de ces espérances. Je ne pouvais pas l'oublier, je ne pouvais pas me détacher de ces yeux verts, je ne pouvais pas me lasser d'eux ni leur refuser un sourire.

    J'avalais une ou deux gorgées de mon café et m'étonnais de leurs goûts. Ce n'était finalement pas si désagréable et mieux encore : ça avait vraiment le délicieux goût de la crème, l'arôme même des graines torréfiées. C'était une petite merveille. Purement synthétique bien sur, je ne pouvais en douter, mais j'étais stupéfait par l'avancée des ersatz à l'Alzen. Comme quoi, même moi je pouvais apprécier certains aspects des sciences et des nouvelles technologies. Je désignai ma tasse à demi vide.

    « Surprenant comme goût n'est-ce pas ? »
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Mer 6 Juil - 15:03

Un mariage... Ils n'étaient pas légion à Almancar, et lorsque qu'ils avaient lieu, c'était soit par alliance entre deux familles, ou alors la damoiselle était kidnappée et mariée de force avec quiconque paierait le prix. Himmel avait réussi à y échapper tant bien que mal, l'avantage étant que, les habitants des marécages prenant très au sérieux les présages et autres malédictions, son don de pouvoir communiquer avec les spectres était un atout précieux. Carol se réjouissait de ces festivités visiblement, puisque le sourire qu'il faisait donnait mal aux joues rien qu'à le voir. Il lui retourna ainsi la question. Cela pouvait en effet paraître étrange qu'elle aille à Alzen, demeurant habituellement un peu plus loin, leur rencontre ayant eu lieu dans un lieu rare et magique perdu dans des champs infinis.

Elle montra son sac d'un air absent:


-Je dois aller acheter des provisions... Le temps s'annonce mauvais dans les prochaines semaines, voilà pourquoi...

Si le beau temps n'était pas au rendez-vous, la circulation des dirigeables était assez ralentie, l'obligeant donc à se traîner littéralement par terre pour se rendre dans le précieux véhicule. Mais trêve de bavardages, ce n'était de toute façon pas son fort. Carol finit de boire ce qu'on disait être un café finalement, et lui demanda son avis sur le goût de sa propre boisson.

Absorbée par les yeux et les manières de son interlocuteur, celle-ci n'avait pas encore touché à son thé qui fumait juste en dessous de sa tête, dans une tasse en porcelaine agrémentée de motifs modernes. D'un geste sec, elle la saisit et observa en premier lieu le liquide peu appelant au premier abord. Une eau multicolore et inodore. Ce ne serait pas cela qui l'empêcherait de la boire, elle en avait vu des pires... Elle avala une gorgée du thé. Surprenant, c'était bien le mot. Il y avait là dedans tout ce qui permettait de qualifier un thé de bon: la douceur et l'amertume combinées, les délicats arômes qui s'entremêlaient pour former un breuvage de premier choix. Elle reposa la tasse et répondit:

-En effet. C'est plutôt bon, même si la couleur est inhabituelle.

Ils restèrent encore silencieux. Etrangement, Himmel se sentait une envie de parler pour briser ce silence, ceci étant suffisamment rare pour être signalé. Elle n'était pas du tout du genre bavarde, alors, ne trouvant rien de mieux pour faire avancer la conversation, elle se replongea dans la mer azurée des iris de Carol.



(désolée du retard (JE oblige), en plus mon post est ridicule ;_;)
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MessageSujet: Re: Aux couleurs d'Alzen   Ven 22 Juil - 18:34

    J'étais légèrement mal à l'aise lorsque Himmel me regardait droit dans les yeux avec insistance. C'était comme si elle pouvait voir dans mon esprit, comme si j'avais quelque à cacher qu'elle n'allait pas manquer de trouver en restant longtemps immobile. Pourtant, j'avais de plus en plus de mal, au fil de secondes qui devinrent des minutes, à me défaire de ce regard enfantin. J'avais envie de me détourner d'elle, pour m'accrocher à n'importe quoi, de la pendule au panneau d'affichage, peu importe, mais au final, malgré toutes ces pensées et tous mes efforts je m’abîmais toujours dans ces émeraudes magnifiques. Finalement le silence s'était instauré encore nous, comme d'habitude lorsqu'on se laissait aller, nous n'avions besoin chacun que de la présence de l'autre. Peu importait l'espace et le temps quand je l'avais près de moi. Même si je me maudissais quelque part, même si d'ici quelques heures je m'en voudrai au point de me frapper la tête contre les murs, mes idées étaient maintenant occultées par ce visage. Mon regard pris un teinte plus douce, mes paupières se fermèrent quelques peu et mon visage s'inclina doucement comme lors d'un baiser. Mais soudain, je fus tirer de ma torpeur.

    Lorsqu'enfin le garçon arriva à ma hauteur, j'eus un moment de surprise. L'addition dans une main, l'autre à demi tendue pour que je lui offre un pourboire, il m'observa un moment de ses petits yeux porcins. Sans doute, mes manières et ma façon de parler m'indiquaient comme étant le bon bourgeois d'Amenthalys en goguette. Peut-être qu'effectivement mon style vestimentaire et ma coiffure n'indiquaient pas une origine Alzénienne relativement pouilleuse envers laquelle il n'aura pas oser quémander la moindre pièce. Alors que je lui tendais à contre cœur la somme de nos boissons ainsi que qu'un apport personnel je songeais qu'il fallait peut-être tenter de m'habiller d'une façon plus sobre et plus quelconque. Même si le mot « sobriété » n'était pas tout à fait l'adjectif rêvé pour qualifier la mode de la ville de la science. Je poussais à soupir et en reviens à Himmel qui me regardait toujours. J'inclinais poliment la tête et demandai à mon interlocutrice si elle souhaitait s'en aller, une fois son thé fini. Car après tout, pour deux touristes (même si elle n'en était pas vraiment une) l'aérogare n'était pas le lieu de villégiature par excellence.

     »Mademoiselle Himmel, voulez vous que nous nous en allions ? Je voulais voir les quartiers de la science, il s'y trouve une exposition sur les nouveaux moyens de soigner. Mais si cela vous ennuie j'ai entendu parler de très beaux panoramas aux portes de la ville. C'est comme vous préférez, je vous laisse choisir notre destination. A moins, bien sur que vos courses soient urgentes. Auquel cas je comprendrai bien sur mais je vous propose alors de me laisser vous accompagner ? »

    Je lui souris et me levai puisque de toutes évidences, il était clair dans mon esprit que je n'allais pas m'éterniser dans ce café même si leurs boissons étaient on ne peut plus étonnantes. Jusqu'à ce que j'ai faim, je me promis aussi de goûter leurs glaces étranges et d'en offrir une à mon adorable compagne. Je considérai le sac posé à côté Himmel. Comme je l'ai dit précédemment, elle avait déjà refusé que je le porte pour elle avec une fureur telle qu'elle m'avait prise au dépourvu. Je ne désirais pas revivre une telle scène, pourtant mon éducation me poussait à le lui prendre, pour qu'elle n'ait pas à le supporter. D'un autre côté, je ne considérai pas ma jeune amie comme une femme frêle de la noblesse d'Amenthalys, car comme n'importe quelle personne qui avait vécu dans Almancar, elle pouvait supporter de fardeaux semblables sans se plaindre du poids monstrueux de ces derniers. Ce n'était donc pas par machisme primaire que je tenais à le porter mais par politesse. Je me contentais donc de regarder, un peu pitoyablement Himmel et son sac alternativement.
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