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 Everything happens to me. [Raz-Raz]

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Osmanthe Cathair
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MessageSujet: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Sam 17 Sep - 16:39

"Si tout semble manifestement bien se passer, c'est que quelque chose vous a échappé."


The Bright Town, 15h.

La chaleur était tellement suffocante qu’elle faisait ondoyer les murs ambrés des habitations, ce qui n’empêchaient pas les rues d’être toujours aussi désagréablement bruyantes et animées. Osmanthe plissa les yeux en guise de désapprobation. Les habitants d’Opale étaient des monstres, c’était la seule explication au fait qu’ils soient capable de s’agiter autant dans une telle fournaise. D’ailleurs, tout dans cette ville avait quelque chose de monstrueux, du vent qui ne méritait pas ce nom tellement il était brûlant, au sable qui semblait animé d’une vie propre au vu de sa capacité à envahir les moindres recoins, et tout particulièrement les endroits les plus désagréables (il n’avait jamais digéré d’avoir retrouvé 10 bon grammes de sable dans le canon de son pistolet), en passant évidemment par sa faune immonde, comprenant entre autres d’ignobles arthropodes auxquels il s’efforçait de ne pas trop penser. En clair, Osmanthe détestait Opale, et il la détestait même un peu plus à chaque visite.
Aussi, quand il avait reçu son ordre de mission et découvert avec joie qu’il allait devoir se rendre dans la ville monstrueuse pour la deuxième fois en moins d’un mois, il avait commencé à réfléchir sur une nouvelle théorie révolutionnaire qui prouverait de façon rigoureusement scientifique que, lorsqu’on abhorrait tout particulièrement quelque chose, on était inévitablement condamné à se retrouver de façon ridiculement régulière face à l’objet de sa haine. La loi de l’emmerdement maximum*. Si avec ça il n’assurait pas sa renommée scientifique…
Plutôt que d’aller tempêter pour qu’on le change d’affectation, ce qui ne manquerait pas d’éveiller des soupçons, il avait donc décidé d’exécuter l’ordre de façon bête, rapide et disciplinée. Arrivé il y a à peine une heure dans la ville, il comptait bien en être reparti avant que le soleil ne commence à décliner. Aussi avait-il mis au point une opération peu subtile, mais qui aurait le mérite d’être rapide et efficace. Le genre de technique bourrin qu’il méprisait ouvertement, mais aux grands maux les grands moyens. Il consulta sa montre. Ça n’allait pas tarder.
De son perchoir, il engloba du regard les bas-quartiers, tentant de repérer d’éventuelles issues qu’il n’aurait pas fait garder. « Perchoir », parce qu’il campait incognito (ayant abandonné son uniforme de Traqueur, pour plus de discrétion, officiellement, et pour éviter de mourir de chaud sous sa veste de cuir, officieusement) depuis une petite demi-heure sur un des toits les plus élevés du quartier, position éminemment stratégique pour éviter le sable, les scorpions, la foule oppressante, et qui lui permettrait d’avoir une vue d’ensemble de l’opération et de jouer les tireurs embusqués si besoin. Il avait de loin la position et le rôle le plus agréable, mais en tant que dirigeant, c’était la moindre des choses.
Un nouveau coup d’œil à sa montre lui confirma qu’il était temps de lancer l’opération, tandis qu’un message radio lui annonçait que tout était en place. Sa réponse laconique déclencha le début de l’intervention : tout autour du quartier, les traqueurs en civil déployés sortirent leurs armes et passèrent à l’action. Cris, coups de feu, bruits de lutte et de tentatives de fuites avortées remplacèrent la brouhaha rassurant des rues d’Opale. La rafle avait commencé.


Une heure plus tard.

Les captifs avaient été rassemblés dans une grande cours fermée du quartier. D’une voix froide et posée, Osmanthe leur avait servi le speech habituel : que l’on savait de source sûre que de nombreux Karnevaliens, ces terroristes qui menaçaient la sécurité de Sa Majesté, se terraient dans les environs, qu’il était vital pour la sécurité nationale qu’ils soient mis hors d’état de nuire le plus rapidement possible, et que pour cela, leur contribution serait très largement appréciée. Il avait rappelé que couvrir certains de ces criminels en refusant de les dénoncer était considéré comme un délit passible d’emprisonnement à durée indéterminée (les EDI, ou comment écoper d’une peine à perpétuité sans que ça en ait l’air, officiellement), mais que si, avait-il ajouté, un brin perfide, les prisonniers actuels daignaient indiquer quelques noms ou informations sur Karnevale Avenue et ses habitants, la liberté leur serait gracieusement offerte (Osmanthe s’amusait beaucoup à utiliser ce genre de tournure pompeuse et hypocrite dans ce genre de situation).
Les résultats ne s’étaient pas fait attendre. Le Traqueur savait parfaitement que la grande majorité des captifs n’étaient pas des Karnevaliens, et que si ils approuvaient globalement leur cause, peu étaient prêt à se faire emprisonner pour elle.
Les délations avaient rapidement commencé à fuser. Les traqueurs les plus importants s’étaient occupé de faire le tri pour ne recueillir que les informations les plus judicieuses, tandis que ceux de plus bas-niveau les consignaient avec assiduité dans leurs registres. Osmanthe s’était acquitté de cette tâche à la va-vite, l’esprit déjà de retour à Amenthalys. Aussi n’avait-il pas réellement fait attention aux noms qu’on lui proposait.

« Monsieur Ray... Je… je suis sûr que son fils est un Karnevalien, il a certainement des informations à son sujet… Et peut-être même sur l’emplacement de la ville des rebelles. Il loge actuellement à l’hôtel qui se trouve un peu plus bas, sur la gauche, avec sa fille. D’ailleurs, elle… »

Osmanthe l’avait coupé d’un geste de la main impatient (réflexe autoritaire qu’il regretterait sûrement pendant des jours en y repensant après coup), avait réfléchi quelques secondes à peine, avant d’acquiescer d’un air distrait. Le gratte-papier à ses côtés avait noté les informations, le délateur avait rejoint le groupe de ceux qui retrouveraient prochainement leur liberté en échange de celle de quelqu’un d’autre. Et Osmanthe était passé au prisonnier suivant.

Des centaines d’années avant que Sphéra ne voie le jour, un physicien du nom d’Everett avait formulé la célèbre théorie des mondes multiples, selon laquelle chaque évènement est une bifurcation vers un des ces univers parallèles. Elle s’applique particulièrement bien au contexte.
Dans un autre monde, une certaine assassin aurait peut-être divulgué son nom complet à Osmanthe lors de leur première rencontre, et celui-ci, en entendant la déclaration de l’homme, aurait immédiatement fait le rapprochement. Pris d’effroi, il aurait rétorqué bien trop sèchement au délateur qu’il venait de sortir un mensonge plus gros que lui dans le seul but de sauver sa peau, que c’était une attitude absolument ignoble et que cela lui vaudrait un emprisonnement à perpétuité dans le cachot le plus infâme de la prison amenthalysienne, avec séance de torture tous les lundi après-midi. Et il aurait craché à l’intention du gratte-papier de ne surtout pas inscrire ces âneries sur le registre, parce qu’il était évident que les accusations étaient infondées. Ainsi, un lâche se serait retrouvé en prison, Monsieur Ray n’aurait pas bougé de sa chambre d’hôtel et Osmanthe n’aurait certainement jamais recroisé la route de l’assassin.
De même, dans un monde encore différent, Osmanthe aurait écouté jusqu’au bout ce que l’homme avait à dire, à savoir « […] avec sa fille. D’ailleurs, elle sait peut-être des choses, elle aussi. Elle fait semblant d’être une de ces vulgaires danseuses, mais je sais très bien qu’en fait c’est une assassin, je l’ai déjà vu traîner dans les tavernes mal famées où ces tueurs rencontrent leurs clients. ». Et là, Osmanthe aurait pâli, avant de réagir à peu près de la même façon que décrite ci-dessus. Car même si n’ayant aucune certitude quant à l’identité de cette assassin-danseuse, il aurait préféré ne pas prendre de risque. Et les choses se seraient terminées de la même façon, et tout le monde aurait été heureux, excepté ce fameux délateur qui n’aurait récolté que ce qu’il méritait.

Mais le monde auquel nous nous intéressons étant extrêmement mal fait, Osmanthe n’eut pas l’occasion de faire le rapprochement entre « Monsieur Ray » et la personne qu’il ne voulait revoir pour rien au monde. Et le vieux monsieur fut embarqué, comme tout les autres suspects dénoncés. Et quelques heures plus tard, Osmanthe regarda partir avec la satisfaction du travail accompli le dirigeable appareillant vers Amenthalys, sans se douter qu’à l’intérieur se trouvait la personne qui allait indirectement provoquer tous les évènements qui allaient suivre.
Et c’est presque de bonne humeur qu’il retraversa les portes de la ville afin de régler quelques derniers petits détails, paperasserie et autres, dont il avait à s’occuper avant de pouvoir regagner sa ville natale. En ce début de soirée, l’endroit était pratiquement désert (dans tous les sens du terme étant donné que le Désert des Sables commençait à peine plus loin…), et pourtant, perdu dans ses pensées, il ne vit absolument rien venir. Dommage pour lui : si il avait légèrement levé le nez, sûrement aurait-il eu le temps de prendre ses jambes à son cou…



*Précisons tout de même que cette loi existe bel et bien, à l'insu d'Osmanthe 8D (même si elle englobe un peu plus de paramètres que ceux énoncés)
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Raz-Raz Ray
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Dim 18 Sep - 20:47

1, 2, 3...
1, 2, 3...
1, 2... ... 3 !

La coordination est bonne, la mains doit être réparée. Il faudra juste éviter de trop tendre les muscles. Bientôt elle pourra empoigner de nouveau son arme sans se soucier d'avoir un doigt qui dira merde à l'autre car sa connexion avec le reste du corps n'est plus optimale. Le travail sera plus facile. Saleté de balle.

Elle ouvre la fenêtre, mais la referme bien vite. Il fait frais ce matin à Opale. La température nocturne est encore là. La chambre sera plutôt aérée le soir. Il ne faudrait pas que le père prenne froid, vu son état. Raz-Raz se prépare en silence afin de ne pas réveiller le vieil homme. Elle laisse un message pour qu'il sache ce qu'il doit manger, sort de la chambre en silence. Lorsqu'elle passe passe devant la réception on lui demande ce qu'elle a prévu pour la journée. Rien de spécial, elle sera rentrée tôt aujourd'hui.

———————

Le soleil est au zénith, le sable brule sous les pieds. Enveloppée dans des draperies fines et colorées, la prétendue danseuse tourne au milieu de ses camarades de chorégraphie. Le vent s’engouffre dans leurs vêtements, les couleurs virevoltent dans de grands arc-en-ciel. Quelques passant s'arrêtent, fascinés malgré le nombre de manifestations de ce genre que l'on peut trouver au coin de chaque rue.

C'est terminé. Des pièces viennent se loger dans les poches des demoiselles. La matinée s'est bien passée. Maintenant, direction l'extérieur de la ville où elle a un travail à effectuer. Un marchand ambulant gênant pour X raison. Il passera sur une route peu empruntée sous peu. Elle a déjà repéré les environs, il sait se battre mais n'a pas de gardes du corps. Il utilise une dague, arme de courte portée. Un jeux d'enfant.

———————

Le soleil menace d'entamer sa descente lorsque la tête tombe. Propre. Une preuve de la mort. Le rendez-vous avec le client n'est que le lendemain, elle peut rentrer chez elle. Une journée fructueuse.

Arrivée en ville elle retire sa capuche, découvre son visage et laisse ses cheveux flotter dans le vent du désert. Un léger sourire flotte sur son visage, elle se demande si son père sera fier d'elle. Bien sûr qu'il le sera, son travail est irréprochable. La colère est passée.

Elle salue deux ou trois connaissances, prend un retard qu'elle pense pouvoir se permettre. Lorsqu'elle rentre chez elle, elle allume la lumière et range deux trois affaire sans jeter un œil sur la pièce. Elle n'a pas noté le regard étrange de la réceptionniste, elle n'a pas noté les quelques traces de lutte dans la chambre. Elle n'a rien noté car elle ne pense pas qu'après une aussi bonne journée une tragédie risque de se produire. Il y a une chance sur dix millions, la chance que l'on ne doit pourtant jamais oublier.

- Comment tu vas ce soir papa ?

Pas de réponse. Étrange. Elle se retourne et constate le vide. Le sol s'effondre, elle tombe à genoux. Il n'est pas sensé pouvoir se déplacer, pas tout seul. Si un ami était venu le prendre pour l'emmener se détendre elle l'aurait su. Si elle s'était trompé de chambre, elle n'aurait pas pu ouvrir la porte. Il n'y a pas d'explication plausible. Aucune. Sa vue se trouble, des larmes apparaissent. La panique l'envahit. Son monde s'écroule, son monde a disparu en son absence. Elle aurait du être là, ne pas prendre le temps de discuter, finir son travail plus vite, peut-être refuser ce contrat.

La réception. S'il est sorti ils doivent savoir.

Elle plaque la femme contre un mur de toute sa force. La tête heurte la paroi dans un bruit sourd. Toute la rage de l'assassin est contenue dans ce geste. Elle hurle. Peu importe que quelqu'un les voit, que quelqu'un les entende. Elle retrouvera son père.

Les traqueurs. Ils sont venus, ils l'ont pris. Pourquoi ? La dame ne sait pas. Elle ne sait rien de plus. Raz-Raz relâche son étreinte et la laisse tomber au sol. Peu importe qu'ils doivent déménager, qu'elle se prenne quelques mois de prison pour cela. Osmanthe. Ce nom lui revient en tête alors qu'elle court vers les porte de la ville. Ici aussi il y a une chance sur des milliards que se soit lui et pas un autre qu'elle croise. D'ailleurs est-ce qu'elle a envie de le revoir ? Il risquerait de la tuer. Pourtant il est celui qui serait plus à même de l'aider. N'importe quoi. Pourquoi voudrait-il l'aider ? Ses pensées s'écartent du gosse, les souvenirs sont douloureux.

La voilà sortie. Il y a quelqu'un. Elle le voit mal mais peut vite constater qu'il porte l'uniforme. C'est l'un d'entre eux. Son visage se crispe, la colère s'affiche dans toute sa splendeur. Elle court plus vite qu'elle ne pense et ce n'est que lorsqu'elle lui saute au visage pour l'empoigner au col et s'écraser sur lui qu'elle s'entend prononcer son prénom :

- Osmanthe !!

La voici perchée, les larmes aux yeux, sur la personne qu'elle ne voulait jamais revoir. Ses mains ne restent pas longtemps agrippées à la veste du traqueur pour revenir vers ses yeux. Elle essuie ses quelques larmes tandis qu'elle s'écarte car la position est gênante et lui laisser liberté de mouvement afin qu'il ne s'énerve pas d'entrée. A supposer que la simple vue du visage de l'assassin ne lui soit pas déjà insupportable, bien sûr. Les fesses dans le sable elle tente d'articuler deux trois phrases sans parvenir à rien. Elle se sent faible et déteste cela. Comme si cet état n'était pas suffisant, elle se souvient du mal qu'elle a infligé à l'homme qui se tient en face d'elle lors de leur première rencontre.

Dire que sa conclusion avait été qu'il n'existait pas, qu'il était mort de puis bien longtemps ; le voir ainsi devant elle remue toute les choses dont elle avait réussit à se persuader. Osmanthe Cathair n'avait jamais existé, leur rencontre n'avait jamais eu lieu. Enfin sa main est réparée, enfin la dernière trace de cette journée a disparu. Le sort s'acharne. Dès qu'elle le rencontre, son monde part en vrille.

- Qu'avez-vous fait de mon père ?

Elle insiste, au cas où il n'aurait pas compris. Il est en position de force, il faut faire dans la dentelle. Qui sait ce qu'il pourrait lui faire. L'emmener ? Peut-être même... Le tuer ?

- Où est mon père... Je vous en prie...
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Osmanthe Cathair
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Sam 1 Oct - 13:42

On l’empoigna au col, et Osmanthe eut le temps d’envisager une petite dizaine de scénarios de sa mort prochaine durant les quelques fractions de secondes que durèrent la chute.
Une balle dans la tête - assez peu probable, un tueur équipé d’une arme à feu n’aurait même pas risqué le corps à corps, à moins qu’il soit particulièrement hargneux. Une lame empoisonnée, perspective affreuse car les substances employées étaient réputées pour leur rapidité à agir, et qu’il détesterait emporter avec lui comme dernière sensation celle de la brûlure d’un poison dans ses veines. Un filin d’acier autour de la gorge - probabilité mince, une telle méthode étant plutôt employé dans les cas où la future victime n’était pas armée afin qu’elle ne puisse pas riposter durant les quelques minutes que nécessitaient une strangulation propre et nette. Venaient ensuite les divers objets contondants avec lesquels on pourrait prendre plaisir à lui fracasser le crâne. Enfin, la technique la plus probable, imparable au vu de sa position et de sa lenteur de réaction. Il avait instinctivement tendu la main vers son arme, sachant pourtant pertinemment que, pour peu que l’assassin soit habile et ait judicieusement choisi sa méthode, il aurait la jugulaire tranchée avant d’avoir pu en effleurer la crosse.

- Osmanthe !!

… Il aurait du être en train de se transformer en gelée sous le coup du soulagement. Il aurait dû lâcher un rire nerveux en constatant qu’on ne lui avait encore planté aucun poignard dans la gorge. Son assaillant l’avait lâché aussi vite qu’il l’avait attaqué, il aurait dû enfin réagir, extirper son revolver de son étui, et inverser les rôles, passant de menacé à menaçant.
Au lieu de ça, il regretta de ne pas être mort. Sincèrement. Pendant deux secondes, à peine, mais tellement intensément…
Combien pouvait-il y avoir d’habitants à Opale ? Quelques centaines de milliers, certainement. Il n’osa même pas aller au bout du calcul, la réponse étant trop évidente. La probabilité qu’il la croise, parmi tous ces autochtones, était infinitésimale. Il avait eu, pour changer, une saleté de poisse. Il lâcha mentalement une copieuse bordée d’injures, sans destinataire en particulier. Ou plutôt, à tous les destinataires possibles et imaginables, l’Assassin indésirable et toutes ses générations précédentes ayant abouti à sa naissance, l’Empereur qui avait osé l’envoyer à Opale, le Traqueur raté qu’il descendrait la prochaine fois qu’il le verrait pour lui faire passer le goût d’envoyer des tueuses encombrantes à ses trousses, et tant qu’on y était tous les gens susceptibles d’avoir provoqué plus ou moins directement la première rencontre fatidique. Et tous ceux qui ricaneraient mesquinement en le voyant dans une situation aussi désagréable.
Mais qu’est-ce qu’elle lui voulait, merde ?
Il l’avait défiguré à vie avec son coup de poing et elle voulait lui rendre la pareille ? Si c’était le cas, il rétorquerait méchamment et sans la moindre maturité qu’il ne voyait pas la différence avec avant, et prendrait ses jambes à son cou avant qu’elle ne mette ses projets à exécution.
Elle avait oublié de s’excuser pour un tort n’ayant jamais existé et ça l’avait empêché de dormir depuis ? Si c’était le cas, elle allait morfler, on ne provoque pas un tel choc émotionnel chez Osmanthe pour des raisons illusoires. Pas sans payer le contrecoup brut de ce bouleversement sous forme de colère pure et simple.
Ou alors… Non, il ne voulait même pas y penser… Si cette brusque effusion était un… accès supplémentaire d’instinct maternel à son égard, il… il lui vomirait dessus, voilà !
Tout à ses accès de panique, lesquels étaient en train de provoquer des effets fort nocifs sur ses capacités de raisonnement, il failli louper la réponse à sa question.

- Qu'avez-vous fait de mon père ?


… Son détecteur de situations tordues-compliquées-invraisemblables s’enclencha.
Plus sérieusement, il comprit qu’il y avait un gros, énorme malentendu dans l’histoire. C’était la seule explication, étant donné qu’il n’avait pas la moindre idée de ce dont elle parlait.
Elle était là, assise lamentablement dans le sable, avec des larmes dans les yeux qu’il aurait préféré ne jamais voir. Elle ne ressemblait pas à une assassin, il ne voyait même pas comment il avait pu la trouver menaçante un jour. Elle était l’incarnation même de la gamine paumée, au bord du désespoir, et allez savoir pourquoi, c’était lui le responsable de son désarroi.
Au moins, elle pleurait pour elle, c’était déjà ça. Il n’avait toujours pas digéré les larmes sincères qu’elle avait versé à propos de lui, et de sa soi-disant condition de pauvre môme, ou quelque chose dans le genre -il s’était efforcé d’oublier les termes exacts, trop vexants et pas assez faux pour qu’il puisse en rire. Il réalisa l’ironie mordante de la situation : elle ne l’avait jamais accusé de quoi que ce soit lorsqu’elle en aurait eu tous les droits, et là, alors qu’il était -pour une fois- réellement innocent, elle le désignait comme coupable. C’était un des risques à courir quand on se conduisait comme un salaud, sûrement, mais enfin ça n’enlevait rien au fait que cette fille était sacrément illogique. Et qu’il n’avait jamais touché à un cheveu de son père vu qu’il en ignorait même l’existence jusqu’à il y a une minute.
Sa supplication l’agaça, et il feint de s’absorber, les sourcils froncés, dans la contemplation de son uniforme désormais recouvert de poussière sableuse pour éviter de croiser son regard, ou même de poser ses yeux sur son visage.
Elle insistait trop, elle était certaine que c’était lui. Il s’efforça de se souvenir si il l’avait jamais menacé au sujet de sa famille. C’était un moyen de pression qu’il utilisait régulièrement, et sans vergogne. Sûrement l’idée lui avait traversé l’esprit lors des débuts pour le moins houleux de leur rencontre, mais avait-il formulé ses pensées ? Impossible de s’en rappeler, il avait mis trop d’énergie à tenter d’oublier cette journée foireuse.
Il réalisa que son silence le faisait paraître louche, il ne voulait surtout pas que l’assassin interprète son mutisme comme un preuve de sa culpabilité et s’acharne à le supplier. Si encore elle l’avait attaqué pour le forcer à cracher le morceau, il ne se serait pas fait prier pour endosser le rôle du méchant. Il était très doué pour ça, et puis ainsi, elle l’aurait détesté pour de bon, il se seraient entretués pour de bon, et les souvenirs de sa gentillesse déplacée se seraient effacés pour de bon. Mais non, l’Assassin ne pouvait pas se conduire comme tous les autres assassins, avec brutalité, envies meurtrières, etc. Il fallait qu’elle trouve plus judicieux de « prier » le présumé ravisseur de son père. Elle aurait sacrément besoin de cours de méchanceté, voire tout simplement de cours de bon sens. En attendant, il fallait qu’il trouve une réplique, et rapidement. Une réponse neutre, sèche et définitive, une réponse qu’il sortirait naturellement à n’importe quel individu dans ce genre de situation. Et surtout, faire comme si il ne l’avait jamais rencontré auparavant. Il avait presque réussi à faire disparaître les souvenirs les plus désagréables, ça ne devrait pas être difficile. Théoriquement.

- Je pense que vous faites erreur sur la personne.

Voix agacée mais ferme, regard dur, vaguement méprisant. Et affreusement fuyant, il pria intérieurement pour qu’elle ne le remarque pas.

- Je ne pense pas avoir déjà eu le plaisir de rencontrer votre père, et je n’ai aucune idée de l’endroit où il peut se trouver. Mais je crois savoir que la ville d’Opale possède un dispositif spécial pour les enfants perdus, adressez-vous donc à l’office de tourisme.

Politesse ironique et grinçante. Le tout agrémenté de sincérité, mélange rare dans la bouche du Traqueur. Il aurait été satisfait si la fin de la tirade ne lui avait pas échappé, s’il n’avait pas glissé cette référence, trop évidente à son goût, à la remarque qui lui avait fait perdre son calme la première fois. Mais il n’avait pu s’en empêcher, ça avait été trop tentant de lui faire réaliser que si elle l’avait un jour trouvé enfantin, les rôles étaient désormais inversés. Peut-être l’avaient-ils toujours été. Ce n’était pas lui qui pleurerait parce que son père manque à l’appel. Il n’avait pas ce besoin qui le rendrait faible, il ne l’avait jamais eu. N’était-ce pas la preuve ultime qu’il était adulte depuis bien longtemps ?
Ces pensées le réconfortèrent, il se releva, épousseta négligemment ses vêtement, et trouva la force de lui jeter un regard dépourvu de toute émotion. Un regard qu’on adresse aux gens qu’on voie pour la première et dernière fois, à ces anonymes que l’on croise tous les jours. Il ajouta un « bonne soirée » inexpressif, et se détourna fermement, mais pas trop vite, pour que sa fuite ne soit pas trop évidente. Impossible qu’elle ne comprenne pas le message, aucune attitude n’aurait pu mieux l’exprimer : il a déjà tiré un trait sur la rencontre la plus pénible de sa vie, il n’a pas l’intention de la laisser remuer le passé. Pitié, qu’elle ne le rattrape pas.
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Raz-Raz Ray
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Dim 23 Oct - 1:07

Le silence. Pesant, énervant, menaçant. Même le vent qui remue les dunes semble s'être arrêté. Cette immensité dans laquelle ils se trouvent peut les engloutir à tout moment. Une rafale et ils sont perdus. Avec le sable on peut devenir aveugle, étouffer, se couper, se bruler, se blesser, se tordre, se ramasser, pleurer, prier, mourir. Pourtant le plus grand danger ne vient pas de cette force naturelle. Pour une fois la nature n'est pas la plus menaçante, non, c'est cet homme. La perte de cet homme ou le présence de son bourreau. Loin ou devant lui elle n'est rien. Un grain de sable dans l'immensité. Dépourvus de force, alimenté de faiblesses, misérable, pitoyable. Un être à qui il ne reste que la volonté. Une émotion trop forte que le corps ne parvient pas à suivre. L'envie de courir vers la capitale, remuer ciel et terre, effacer tous les obstacles sur le chemin, parvenir à son but. Que faire lorsque sauter la première haie nous parait impossible ?

Je pense que vous faites erreur sur la personne.

Voilà, un mur. Infranchissable dès les premières paroles. Un bon gros bloc de béton impossible à briser, impossible à surmonter, impossible à contourner. Pourtant il n'est pas très grand, et n'est pas seul. Il existe d'autre façades du même genre, plus sensibles, plus humaines. Des avec qui un dialogue serait envisageable, un argumentaire possible, elle pourrait leur livrer son frère en échange de son père sans aucun scrupule. Tant pis si elle devait subir un interrogatoire de plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois. Tant pis si elle devait passer quelques années en prison pour le simple fait de posséder un pouvoir. Tant pis du moment qu'elle retrouve son père et s'assure qu'il va bien. Mais non. La bêtise fait qu'elle s'est jetée sur le pire de tous. Un mur qu'elle a déjà tenté d'effriter pour ne recevoir que des gravats dans la figure. Un mur qui s'était réparé aussi vite qu'il s'était abîmer. Un mur contre lequel même la plus puissante érosion ne peut rien.

Mais un mur fuyant.

- Je ne pense pas avoir déjà eu le plaisir de rencontrer votre père, et je n’ai aucune idée de l’endroit où il peut se trouver. Mais je crois savoir que la ville d’Opale possède un dispositif spécial pour les enfants perdus, adressez-vous donc à l’office de tourisme.

Et un mur qui lui en veut. Peut-être qu'elle a réussit à le fissurer finalement. Elle pourrait en tirer parti, si l'occasion se présente, subtilement. La dernière fois elle a été trop violente, s'est reçue un coup de poing dont son nez garde le souvenir. Il est petit et faible, seule la paroi extérieure est renforcée, l'intérieure doit être bien plus... Moelleux ? L'assassin n'ose employer un tel terme pour qualifier l'intérieur d'un homme capable de faire tant de mal. Non, elle usera plutôt du terme "gélatineux". Une matière molle, trouble, dégoulinante, poisseuse qui colle au doigt. Un peu comme du sucre fondu.

Voilà qu'il s'en va, la laissant sur cette note ironique de mauvais goût qui ne révèle que trop bien son réel désarroi. Osmanthe Cathair, tu ne t'échappera pas. Elle ne sait que trop bien que tu es derrière tout ceci. Seulement tu ne veux pas l'admettre. Elle ne te lâchera pas, jamais. Comme une malédiction toujours pendue à toi jusqu'à avoir obtenu tout ce qu'elle désire.

Alors elle se lève, et le suit en silence, les sourcils froncés, essuyant ses quelques larmes restantes. Elle renifle, ses yeux sont rouges et enflés. Dire que quelques heures auparavant elle prenait la vie d'un homme, la voilà descendue bien bas, accrochée à celle d'un vieillard. Pourtant il ne devrait pas y avoir de différence. La cible avait peut-être une famille, une fille qui le pleurera lorsque l'on constatera le décès. Une qui sera plongée dans le désespoir, sachant qu'il est mort et bien mort, sans qu'aucune once d'espoir ne puisse la traverser. Raz en a encore elle. Déterminée, armée de cette seule arme nommée "volonté" qui lui reste, elle accélère le pas. Elle ne se veut pas menaçante, sinon l'autre aurait vite fait de la descendre comme il doit si bien savoir le faire. En y réfléchissant bien, c'est un miracle qu'elle soit encore en vie aujourd'hui. Et peut-être un autre miracle qu'elle puisse le revoir... Ou alors est-ce une malédiction réciproque ?

- Ray.

Un gros risque de pris. Donner son nom de famille de but en blanc, mais bon... Ce n'était pas comme si elle avait quelque chose à y perdre.

Elle s'est arrêtée, bien ancrée dans le sol et a parlé suffisamment fort pour qu'il puisse l'entendre clairement. Impossible qu'il n'ait pas entendu, mais pour éviter le cas où il tenterait de feindre la surdité, elle répète en articulant chaque syllabe :

- Raz-Raz Ray, c'est mon nom. Le même que celui de mon père.

Bien sûr elle ne parle ici que du nom de famille lorsqu'elle mentionne son paternel. Le traqueur est bien assez intelligent pour comprendre où elle veut en venir. Impossible qu'il n'ait jamais entendu ou lu cette appellation. Il fait un travail sérieux, elle en est certaine. Il doit lire tous les dossiers, mémoriser toutes les informations. Les membres de son ordre ont embarqué le vieil homme, il l'a forcément au moins vu quelque part. Sur papier ou en chair et en os, peu importe. Il devrait réagir.

Le regard de l'assassin est des plus sérieux, au cas où Osmanthe ait l'idée de croire qu'elle lui fait une blague d'aussi mauvais goût qu'elle-même. Son arme ultime se lit dans ses yeux.
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Ven 11 Nov - 22:33

Il ne fût même pas surpris de l’entendre se relever et lui emboîter le pas. La planter là aurait été un plaisir, mais évidemment, cette option n’incluait pas la ténacité de l’assassin. Il ne savait même plus pourquoi il avait tenté de s’esquiver ainsi. Un acte désespéré, certainement. Si il avait pris le temps d’y réfléchir sérieusement, il aurait réalisé qu’elle s’accrocherait de toute façon à lui, parce qu’elle aimait de toute évidence son père, elle, et que, aussi abstraite cette notion fût-elle pour le Traqueur, il était de notoriété publique que les gens étaient prêt à tout pour sauver ceux qu’ils aimaient. Elle avait tout à fait le profil de ceux qui se sacrifiaient pour leurs proches et connaissaient ainsi une fin certes héroïque, mais, en général, également prématurée.
Osmanthe, lui, avait bien l’intention de faire des vieux os sur cette terre, et estimait que le fait qu’il ne voie personne pour qui il serait capable de se sacrifier en âme et conscience le destinait plus à cette longévité que le commun des mortels. De même que le fait que l’action de tuer soit devenu pour lui d’une banalité affligeante. De façon générale, il était persuadé que, aussi critiquable soient ses valeurs et ses actes, sa manière de vivre était de l’une de celle qui garantissait les plus grandes chances de survie, et cette assurance valait largement le pris à payer, à savoir être un salaud et subir la haine de 99% des gens dont il croisait le chemin. Dans les 1% restants, une race en voie d’extinction, se classaient, entre autres, sa mère et l’assassin qui s’acharnait à le suivre…
Cependant, toutes ces réflexions existentielles ne faisaient pas avancer le schmilblick. L’assassin était toujours là, et lui faisait désormais l’effet d’un chewing-gum collé sous sa chaussure : à la fois collant, insignifiant et terriblement agaçant. Et quand bien même il comprenait les raisons de sa présence envahissante à ses côtés, il n’avait –pour une fois- même pas menti en prétendant qu’il n’avait rien à voir avec ce qu’elle lui reprochait. La situation était donc bien partie pour en rester bloquée à ce point, sauf qu’il n’avait guère l’intention de la traîner derrière lui indéfiniment…

- Ray.



- Raz-Raz Ray, c'est mon nom. Le même que celui de mon père.

Il avait compris la première fois, merci. Pas bien difficile, étant donné qu’il avait entendu le nom en question quelques petites heures auparavant, dans la bouche d’un honnête délateur. Il s’en souvenait avec précision, tout comme il se souvenait parfaitement avoir hoché la tête à l’annonce du nom de « M. Ray », dont le fils était assurément un Karnevalien et qui pouvait par conséquent disposer d’informations de par son biais.
Osmanthe esquissa une grimace, mais rien d’autre dans son attitude ne laissa apparaître son subit désarroi. Il était coupable, évidemment. C’était une découverte, mais sûrement pas une surprise, pour la simple raison qu’Osmanthe ne s’étonnait jamais qu’on lui colle à juste titre un crime supplémentaire sur le dos, il ne les comptait plus depuis longtemps.
Alors il devait reconnaître qu’elle avait raison, il avait fait arrêter son père, l’avait fait emmené dans la tristement célèbre prison amenthalysienne, où il serait très certainement torturé en règle avant qu’on le laisse croupir à vie dans une cellule, ou, si il avait de la chance (tout était relatif, évidemment), qu’il soit relâché au milieu du désert Opalien. Et le tout sans le moindre scrupule. Coupable donc, sans hésitation. Mais, mentionnons tout de même les circonstances atténuantes : il n’avait aucune idée de l’identité de l’homme en question, et si ça avait été le cas, jamais il n’aurait osé donner l’ordre de toucher au moindre de ses poils de barbe, pas par altruisme mais pour éviter de se retrouver dans la situation présente. Ça lui apprendrait à embarquer n’importe qui, tiens.
Oh, bien sûr, il pourrait continuer à mentir, ne s’étant pas compromis d’une quelconque façon, mais il craignait fort que toute forme de dérobade ne soient vaines, l’autre était trop bornée. Seule une preuve solide de son innocence aurait peut-être pu la faire lâcher prise, mais ça aurait été envisageable dans le cas où il aurait effectivement été innocent ; dans la situation présente, il ne disposait que de quoi prouver sa culpabilité, chose dont elle était déjà convaincue.
En conclusion, ne restait comme option que la vérité pure et simple, trop peu sophistiqué à son goût, mais qui avait l’énorme avantage de lui faire gagner du temps. Il crachait le morceau, et avec un peu de chance elle se précipiterait à l’Internat psychiatrique et lui foutrait la paix. Sinon, sûrement continuerait-elle à lui geindre dans les oreilles pour X raisons, mais au moins la situation aurait un minimum avancé. Le choix fût vite fait : il sentait déjà sa patience s’effriter –elle avait un don pour ça, décidément- et il serait bon qu’il garde son calme, cette fois.

- Il fallait commencer par ça.

Osmanthe se retourna brusquement, et sans même accorder un regard à l’assassin, plissa les yeux, le regard tourné vers l’horizon. D’une main, il désigna vaguement la direction en question :

- Vous voyez le minuscule point noir dans le ciel ? Il s’agit d’un dirigeable en direction de l’Internat Psychiatrique d’Amenthalys ayant décollé il y a une dizaine de minute. Un dénommé M. Ray s’y trouve effectivement détenu. Et permettez-moi d’anticiper vos interrogations : oui, c’est moi qui suis responsable de son arrestation. Non, je ne l’ai pas fait dans le but de vous pourrir la vie, je suis d’ailleurs sincèrement désolée de ce malheureux hasard, mais au passage, si vous m’aviez donné votre nom dès notre… dès le début, tout ça ne serait pas arrivé. Non, je ne peux plus rien pour vous désormais, seule la grâce impériale peut libérer un prisonnier de ce type. Et je crois savoir que les audiences avec l’Empereur sont temporairement suspendues, mais cela ne devrait pas durer. Quant à la marche à suivre, il faudra vous adresser à quelqu’un de plus renseigné. Mais si il y a un formulaire, évitez tout de même de préciser que vous possédez un Karnevale, c’est un conseil.

Ou comment éviter au maximum la conversation en la remplaçant par un monologue -tout de même beaucoup plus agréable- technique brevetée par Osmanthe Cahair. Mais, chose ô combien remarquable, pas le moindre mensonge, pas même par omission, la preuve ultime que l’assassin avait une très mauvaise influence sur lui.

- Oh, j’ai oublié de préciser le motif de l’arrestation : proximité avérée avec un Karnevalien. On nous a signalé que son fils, votre frère, je présume donc, était assurément un rebelle. Vous devriez donc être contente d’être là, ça aurait pu être vous.


Osmanthe restait tout de même Osmanthe, ironie et sournoiserie intégrée. Et comment résister à la tentation de remuer le couteau dans la plaie, quand celle-ci était aussi évidente ?
Si l’assassin ne pouvait déjà pas supporter son frère au point de vouloir le supprimer auparavant, savoir que ses intentions meurtrières allaient être décuplées par cet incident arriva à arracher un bref sourire moqueur au Traqueur. Parce qu’il était presque jouissif de constater que même elle, paradoxe sur patte, assassin compatissante, pouvait éprouver une haine féroce à l’égard de quelqu’un, et pas n’importe qui : son propre frère !
S’il ne s’était pas retenu, et si la jeune femme en face de lui n’avait pas déjà réussi à le faire sortir de ses gonds, il aurait pris un main plaisir à appuyer encore plus sur la blessure affective, mais il avait assez joué avec le feu la première fois, avec les conséquences que l’on connaît.

- Je ne pense pas pouvoir encore vous être utile de quelque façon, et je suis quelque peu pressé. Vous ne voyez donc pas d’objection à ce que je prenne congé.

Elle avait même droit au sourire affable et aux politesses ampoulées, Osmanthe l’aristocrate pompeux dans toute sa splendeur. Tout ça pour qu’elle n’ait rien (ou presque) à lui reprocher, et surtout aucun motif valable pour le retenir. A moins qu’elle ne se décide à prendre sa vengeance en bonne et due forme, et dans ce cas, il l’étriperait avec plaisir.
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Sam 10 Déc - 21:29

La petite grimace captée par le regard de l'assassin en dit plus long que le traqueur ne veut certainement le croire. Il n'avait aucune envie de la revoir, c'était certainement réciproque, mais en plus il aurait été prêt à laisser filer une "aide" potentielle dans sa lutte contre les karnevaliens uniquement pour cela. Dans un sens, avec cette révélation, la jeune femme se retrouvait, peut-être, dans une position de force considérable. Soit elle le répugne, ou le terrorise, ou bien un peu des deux, ou rien du tout. La dernière hypothèse ne paraît pas plausible, la troisième fort probable. Elle dirait, dans l'ordre, 25%, 25%, 45% et 5%*. Bref, dans tous les cas cela lui donne un mince atout dont elle pourra probablement se servir si les choses s'enveniment. Étant donné le désir de meurtre qui peut naître à chacune des paroles de la demoiselle chez le traqueur, cette perspective est plus qu'à prendre en compte. Le temps que cette réflexion se mette en place dans sa tête, Osmanthe avait déjà repris sa contenance habituelle et son air insupportable pour toute personne non-entraînée intensivement à résister aux envies de baffes sur les têtes-à-claques.

La première chose qui sorti de la bouche de Raz lorsqu'elle entend sa première réplique est un méchant grincement de dents. Elle le sait, elle doit encaisser, il va lui en mettre plein la tête et de tous les moyens possibles. Au moins, elle a retenu ceci de leur première rencontre. Aller la grande, il va falloir encaisser. Elle serre la mâchoire, les poings, fronce les sourcils et s'apprête à recevoir la claque suivante, aussi puissante qu'elle va pouvoir être. A qui va-t-il s'attaquer ? Elle ? Ses sentiments envers son frère ? Son père ? Autre chose ? Tout à la fois ? La dernière option reste bien la plus probable.

Il se retourne, pointe un point dans le ciel. Avant même qu'il parle, elle connaît le contenu de ses paroles. Malgré tout ce qu'elle a pu s'apprêter à subir, ses yeux s'écarquillent d'angoisse, le violent soleil ne parvenant même pas à les lui faire cligner. Son père, il est là bas, aussi loin que ça. Aussi loin d'elle, sans personne pour se soucier de sa santé. Elle entend, mais n'écoute plus. Il dit des choses qui ne l'arrangent pas, de toute façon. Du venin, comme toujours, il n'est capable de rien d'autre. Il est bien loin le moment où il lui demandait implicitement de le suivre dans les rues d'Amenthalys. Ballade qui avait tourné en une sorte de cauchemar, mais ballade tout de même. Une seule pensée occupe son esprit :

Il va mourir.

Il va mourir. Il va mourir. Il va mourir. Il va mourir. Il va mourir. Il va mourir.

- Oh, j’ai oublié de préciser le motif de l’arrestation : proximité avérée avec un Karnevalien. On nous a signalé que son fils, votre frère, je présume donc, était assurément un rebelle. Vous devriez donc être contente d’être là, ça aurait pu être vous.

En rajouter une couche, toujours plus de venin, toujours plus de poison. L'assassin ne sait pas comment elle parvient encore à tenir sur ses deux jambes. Signaler le décès imminent de son paternel au traqueur ne ferait sûrement qu'ajouter à son assurance. Et tout ceci, une nouvelle fois à cause de son frère. Il n'aura jamais su qu'apporter le malheur sur la famille. Son désir de vengeance n'en est qu'amplifié. Si elle l'avait devant elle, là, maintenant, elle n'hésiterait pas une seule seconde à le tuer sans même chercher à engager le dialogue. Même décédé, elle lui ouvrirait le mort et l'étriperait de ses propres mains pour ensuite le couper en des milliers de petits morceaux avec sa faux chérie. Cela lui apprendrait, et il apprendra un jour ! Sa dernière raison de vivre si son père s'en va dans l'autre monde, tient.

- Je ne pense pas pouvoir encore vous être utile de quelque façon, et je suis quelque peu pressé. Vous ne voyez donc pas d’objection à ce que je prenne congé.

"Bah si patate", a-t-elle envie de lui dire, mais si elle le prononçait vraiment elle se prendrait à coup sûr une balle dans la tête justifiée par outrage à un traqueur, si une justification est nécessaire à Osmanthe bien sûr. Il est fort probable qu'il puisse laisser son cadavre aux portes de la ville sans avoir aucun compte à rendre à personne. Cela ne serait même pas étonnant. Pourtant il faut bien qu'elle dise quelque chose, qu'elle trouve un moyen de ramener son père vers elle, ou au moins avoir la chance de lui offrir une sépulture décente. Car s'il sera dur de le voir mort, ne pas pouvoir lui offrir une tombe décente à Opale, sa ville natale, sera encore plus difficile et irrespectueux ; voir déshonorant. Elle est certaine que si elle le laisse à ses monstres de la prison, ils vont juste le jeter au fond d'un fossé, ou alors le brûler pour se chauffer l'hiver, recyclage... N'importe quoi ! Cette idée lui fait hérisser les cheveux au dessus du crâne. Elle ne le permettra pas ! C'est donc le plus naturellement du monde qu'elle lance le bras en avant et hurle !

- Objection !

Chose stupide que ce qu'elle vient de faire, mais tant pis, c'est fait. Autant avancer un argument maintenant. Généralement, lorsque l'on objecte, c'est que l'on a un élément pour contrebalancer le tout. Sauf que, trop impulsive lorsqu'il s'agit de son paternel, elle avait objecté sans avoir rien à dire derrière. Aller, vite, un argument, un argument. Trouvé !

Elle s'avance de quelques pas, ni trop loin, ni trop prêt, les joues un peu rosées du moment de panique qui vient de passer en elle. Pour reprendre un peu de contenance, elle pose une main sur une de ses hanches et s'ancre bien sur ses pieds.

- A l'arrivée, mon père ne sera certainement plus qu'un cadavre. Je doute qu'un mort au milieu des vivants puisse faire plaisir à vos supérieurs. De plus, certaines maladies de mon père peuvent être contagieuses alors un cadavre dans cet état, bonjour l'hygiène. Et s'il n'est pas décédé, il aura bien eu le temps de tousser sur tout le monde. Une bande de malades à interroger, ils vont être ravis à Amenthalys !

Voilà. Elle tremble un peu à parler de vive voix de l’éventualité qui la terrorise, mais au moins c'est fait. Le seul atout qui lui vienne en tête. Il faut qu'elle se calme, vraiment. Sinon il va en profiter et ni elle, ni son père ne s'en relèveront.

Du coin de l'oeil, elle repère de petits trous dans le sol. Soi de serpents, soi de scorpions. En observant plus finement, elle peut constater qu'il s'agit du second animal. Elle ne saurait dire pourquoi, mais sa connaissance du terrain le lui permet, c'est tout. Au besoin, elle sait comment les faire sortir et les attraper sans se faire piquer. On ne sait jamais, la menace d'un empoisonnement peut avoir un bon effet sur les esprits, même sur celui d'Osmanthe Cathair.


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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Sam 14 Jan - 19:09

- Objection !

Et voilà qu’elle se croyait au tribunal. Il ne manquait plus que le « Votre Honneur » en fin d’interjection. Son acharnement était ridicule.
Il venait purement et simplement d’envoyer son père à une mort certaine, et tout ce qu’elle trouvait à faire, c’était de venir pleurnicher sur son épaule. Mais qu’est-ce qu’il fallait lui faire pour qu’elle le haïsse, merde ? Quelle était l’utilité de jouer les salauds si en retour, elle ne daignait même pas tenter de l’assassiner proprement ? Elle aurait dû le détester à en avoir mal au cœur, à en être écœurée par sa propre haine. Là, il aurait maîtrisé la situation.
Face à la haine, Osmanthe était calme et calculateur. Il savait où appuyer pour faire plus mal encore, et devinait à l’avance les réactions de ses victimes. Car contrairement à lui, elles n’étaient jamais que des pantins animés par leur rage irrationnelle, prêts à s’autodétruire pour le blesser, lui. Sa froide logique l’emportait toujours face à des sentiments incontrôlés. Sentiments purement négatifs, du moins.
Car faute d’empathie, il n’avait jamais été capable d’exploiter aussi efficacement la compassion, la sympathie, ou pire, l’amour. En effet, s’il avait longtemps été lui aussi en proie à la haine avant de réaliser que cela ne faisait que l’affaiblir, Osmanthe n’était pas certain d’avoir déjà aimé. Pas suffisamment, en tous cas, pour pouvoir analyser les forces et les faiblesses de cette émotion. On ne parlera même pas de la compassion…

Il était très malpoli de tourner le dos à son interlocuteur, mais le Traqueur n’avait pas l’intention de faire preuve de la moindre trace d’intérêt pour ce que racontait l’assassin.

- A l'arrivée, mon père ne sera certainement plus qu'un cadavre. Je doute qu'un mort au milieu des vivants puisse faire plaisir à vos supérieurs. De plus, certaines maladies de mon père peuvent être contagieuses alors un cadavre dans cet état, bonjour l'hygiène. Et s'il n'est pas décédé, il aura bien eu le temps de tousser sur tout le monde. Une bande de malades à interroger, ils vont être ravis à Amenthalys !


Il hésita quelques secondes : tenter d’adopter une attitude amicale historie de déstabiliser l’adversaire, ou y aller au naturel, à savoir de la façon la plus détestable possible ?
Osmanthe finit par opter pour la seconde option. La dernière fois qu’il avait enfilé le masque de la sympathie face à Raz-Raz, cela avait abouti à des révélations quelques peu gênantes, qui elles-mêmes avaient abouti à quelques baffes et un coup de poing dans le nez. Or, quitte à en arriver aux baffes, autant éviter de passer par la case « révélations ». Il était sûr qu’en se forçant à peine, il pouvait être suffisamment odieux pour la forcer à attaquer en premier.
Parce qu’il était désormais clair que cette rencontre se solderait par un recours à la force. Mais il ne voulait pas céder le premier. Qu’avait-il dit, déjà, la première fois, pour qu’elle le gifle ?
Il se retourna vivement, et laissa éclater le rire moqueur qu’il retenait depuis qu’il avait entendu l’argument ridicule de l’assassin.

- Je suppose que c’est le moment où, pris d’effroi, je suis censé accéder à votre requête et m’empresser d’aller délivrer votre pseudo-cadavre de père ?

Il se rapprocha, un sourire affreusement condescendant sur les lèvres, jusqu’à n’être plus qu’à un mètre de l’assassin. Distance minutieusement calculée, évidemment. Parce qu’il aurait pu opter pour le chuchotage à l’oreille, à la fois affreusement cliché et terriblement efficace pour figer votre victime. Sauf qu’il est toujours plus difficile de foutre une baffe à quelqu’un qui est trop proche de vous, ça pourrait en décourager plus d’une. Alors que un mètre, c’était parfait : pas trop loin, mais suffisant pour qu’elle puisse prendre un peu d’élan, et lui asséner une gifle monumentale. Perspective qui le réjouissait d’avance, non pas qu’il aimât se faire baffer, mais parce qu’il pourrait alors répliquer en toute légitimité. Mais pas avec une baffe, ce serait trop grossier (oui, les coups de poing étaient teeeellement plus raffinés…). Son pistolet ferait amplement l’affaire.
Presque joyeux à l’idée d’en arriver enfin à la violence, il faillit sortir de son rôle. En général, sourire joyeusement alors que vous jouez les grands méchants est plus un signe de pathologie mentale qu’autre chose, aussi se retint-il de justesse pour continuer sur sa lancée :

- Je vais me répéter, mais votre naïveté frôle la bêtise, à tel point que j’en suis presque désolé pour vous.

Presque, oui. Si elle voulait mourir du fait de sa bêtise, grand bien lui fasse, ça ne l’empêcherait pas de dormir.

- Il est en effet plus que probable que votre père crève pendant le voyage, toutes mes condoléances.

Il n’avait même pas essayé de feindre la compassion. Son ton était, tout au plus, vaguement dégoûté. Il n’y avait pas à dire, mourir sous le coup de la maladie et de la chaleur conjuguées atteignait des sommets de non-hygiénisme. Une balle dans la tête était tellement plus propre…

- Quant au fait qu’il soit bourré de bactéries et autres saletés, je suppose que vous êtes mieux placée que moi pour la savoir. Admettons donc qu’il soit à l’origine d’une épidémie parmi les prisonniers, vous savez quelles conséquences cela aura à Amenthalys ?

Il laissa passer quelques secondes durant lesquelles il riva son regard au sien, puis s’autorisa à nouveau un sourire mesquin lorsqu’il laissa tomber, avec une délectation évidente :

- Absolument aucune. Parce que ces prisonniers, de toute façon, étaient morts à partir du moment où ils ont été capturés. L'Empereur se fiche bien qu’ils crèvent avant d’avoir pu être interrogés, parce que la plupart sont comme votre père : totalement innocents. Mais ça n’a aucune importance. Ils sont capturés et interrogés pour l’exemple, et quand on tombe par hasard sur quelqu’un possédant de véritables informations, c’est le jackpot ! Quelle importance si toute la cargaison de ce dirigeable succombe pendant le trajet ? Ils s’empresseront de brûler les corps pour empêcher une propagation, et c’est tout. Et si des Traqueurs ont par malheur été contaminés, et bien il seront abattus et brûlés aussi. Simple question de pragmatisme.

La moitié de ce qu’il disait aurait pu être faux, Osmanthe l’aurait prononcé avec autant de conviction. Parce qu’il se plaisait à piétiner le peu d’espoir qu’elle avait. Il exultait en lui décrivant les méthodes ignobles de cet empire corrompu jusqu’à la moelle, cela lui donnait l’impression d’écraser avec délectation cette douce naïveté qui le répugnait. Mieux encore, il lui montrait que, bien que parfaitement lucide au sujet du système, de son injustice dégueulasse, de sa violence gratuite, il continuait à le servir. En toute connaissance de cause. Parce qu’il était au moins aussi dégueulasse. Il se prépara à donner le coup de grâce :

- Laissez tomber. Votre père est mort, tous vos efforts ne le ressusciteront pas. Mais peut-être est-ce une manière pour vous d’atténuer votre culpabilité ? C’est assez pathétique. Laissez-moi donc vous dire une dernière chose : si vous vouliez réellement qu’il reste en vie, alors il ne fallait pas laisser votre père faible et malade seul, à la merci de la première rafle venue. Assumez donc votre erreur et la culpabilité qui va avec, pour une f…

En une fraction de seconde, tout se brisa. Le sourire mauvais, le voix doucereuse, le masque moqueur et l’assurance qui allait avec. Osmanthe passa de l’état de bourreau triomphant à celui de gamin terrifié. La terreur sincère qui s’afficha sur son visage accentua ses traits encore juvéniles que la froideur vieillissaient habituellement. Les yeux rivés sur un point sur le sol à moins d’un mètre de lui, Osmanthe ne faisait même plus ses 18 ans. Intérieurement, il en avait de nouveau une dizaine, et luttait pour ne pas hurler face à l’objet de se plus grande phobie. Lequel mesurait ironiquement à peine quelques centimètres de long.
Osmanthe Cathair tremblait littéralement devant un petit scorpion noir qui se dandinait, agitant son dard, à environ 80 centimètres de son pied gauche. Il y en avait une en face qui devait fichtrement apprécier le spectacle…

Il n’était même plus question de fierté à ce stade. Si Osmanthe avait pu s’enfuir à toute jambe en hurlant et en agitant les bras, il l’aurait fait. Assassin ou pas assassin. Il l’aurait même fait devant l’Empereur et la moitié de la cours si cela avait pu l’éloigner de cette bestiole.
L’ennui, c’est qu’il n’était même plus capable de remuer le petit orteil. La terreur la paralysait plus efficacement que le plus violent des poisons. A ce sujet, il sentait presque déjà la piqûre du dard dans sa chair, répandant dans ses veines sa mortelle substances. Il en aurait pleuré : plus jamais il ne voulait sentir la brûlure du venin dans ses veines, et cette impression de mourir à petit feu, beaucoup trop lentement. Il aurait préféré se tirer une balle dans la tempe.

L’assassin, elle, n’existait même plus. Quant bien même le cerveau du Traqueur aurait été en mesure de parvenir à la conclusion qu’elle était sa seule chance de salut, il aurait été incapable de lui adresser ne serait-ce qu’un regard de supplication. Ses yeux étaient fixés sur le scorpion qui progressait indolemment dans sa direction, et le peu de capacité mentales qui lui restaient étaient actuellement employé à calculer très précisément la durée qu’il lui restait à vivre. Comme quoi, même un cerveau génial ne répond pas toujours de la façon qu’on aurait voulu dans certaines situations extrêmes.
Résultat ? Cinq minutes trente-sept. Pour peu que le poison soit rapide. Perspective absolument insupportable. Que quelqu'un l'abatte, par pitié!

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Everything happens to me. [Raz-Raz]   Dim 19 Fév - 22:15

Mépris, dégouts, il n'y a plus que cela dans le discours du traqueur. L'assassin est prise d'une violente envie de vomir, une boule se forme dans son ventre ; le genre qui est bien persistant et qui vous tient à l'estomac jusqu'à ce que le problème soit réglé. Or, ici, rien ne sera jamais réglé. Car c'est seulement maintenant qu'elle prend conscience de l'ampleur de la méchanceté dans laquelle se trouve enfoui le traqueur. On ne peut même plus parler d'y être jusqu'au cou, il y est enfoncé jusqu'à cinq mètres au dessus du crâne. N'a-t-il jamais eu d'autre but que de blesser son entourage depuis qu'il est devenu légalement adulte ? Et peut-être même avant. Pour elle il restera toujours un enfant, mais un môme cruel qui n'inspire plus aucune sympathie. La prendre ainsi par les sentiments est la chose la plus horrible qu'il puisse faire, et il s'y acharne. Une horreur que ce garçon, une simple horreur qui rend de plus en plus difficile le maintient de la contenance de la femme. Si elle n'avait pas son honneur, elle serait déjà à terre dans le sable à s'en mettre plein les yeux, la bouche, souhaitant mourir sur l'instant. Mais non, elle tiendra bon. Elle tiendra parce que perdre face à cet homme serait la plus grande de toute les hontes. Lui qui n'a pas encore su la faire plier, lui qui n'y parviendra jamais. Jamais elle ne se rabaissera devant un être aussi pathétique, aussi méprisable. Elle le déteste, elle en est presque certaine. "Presque", elle aurait envie de frapper ce mot. Pourquoi ce doute reste-t-il ? S'attache-t-elle autant que cela à leur première rencontre ? C'est pas comme s'ils avaient été les meilleurs amis du monde et que ce dernier lui a fait un sale coup. Elle n'a aucune raison de montrer un quelconque bon sentiment à l'égard d'Osmanthe et pourtant elle ne peut s'en empêcher. Quelle contradiction que cette femme. Quelle bêtise que cette femme.

Son père, mort. Elle le savait, c'était une évidence dès l'instant où il avait été kidnappé. Mais cette saleté d'espoir qui fait vivre a voulu lui faire croire le contraire. Qu'elle le hait maintenant. Pourquoi est-elle sortie ainsi de la ville ? Pourquoi est-elle tombé sur lui ? Enfin, peut-être qu'il se dit la même chose. Peut-être qu'il est déjà mort à l'heure qu'il est. Depuis combien de temps est-il en cellule ? Peut-être, des interrogations inutiles, des probabilités inutiles. La réalité c'est qu'il n'est plus, ou alors qu'il ne sera plus dans peu de temps. Mais comment faire pour lutter contre l'espoir de voir vivant la personne à qui l'on tient le plus en ce monde ? Impossible. Alors elle se refuse d'écouter ce que lui dit Osmanthe, elle se bouche mentalement les oreilles. Comprend ce qu'il dit, mais refuse de l'interpréter. Elle ne veut pas croire que les dirigeants soient encore plus immoraux qu'une assassin, plus cruels, plus affreux en tout point. Elle vit loin de la capitale, elle n'y connaît pas grand chose, mais un souverain se doit d'être noble, non ? Pas seulement de naissance, mais aussi de cœur ? Il est vrai que le magouilles viennent le plus souvent du dessus, l'évidence est là. Méprises les karnevaliens, d'accord puisqu'ils sont contre l'empereur. Méprise tout ceux qui ont un lien volontaire ou involontaire avec eux et les mettre à mort pour cette seule raison : non. Elle ne peut l'accepter, bien qu'elle ne puisse rien faire contre ce système.

Elle ne cherche même pas à répliquer, les mots sont inutiles face à une personne comme lui. Alors quoi ? Elle se résigne ? Pitoyable. Il faut qu'elle reprenne les choses en main, au moins un petit peu, de quoi reprendre de l'assurance et oser de nouveau le regarder en face. Alors qu'elle cherche, il s'arrête brusquement au beau milieu de sa tirade cruelle. Il est... Terrifié ?

« Osmanthe ? »

Elle a l'impression que ses paroles se perdent dans l'infini et l'au-delà, ouvre de grands yeux ronds, dubitative devant la situation du traqueur jusqu'alors si effrayant. Cela n'est tout de même pas elle qui lui fait froid dans le dos comme ça ? Non, il doit y avoir une autre explication bien plus plausible. Sinon il faudrait l'emmener illico à l'asile le plus proche. Elle cherche activement. Si elle trouve la source de cette peur incontrôlée, elle pourra reprendre le dessus sur son bourreau, peut-être même échanger les rôle si la terreur est si grande. Alors elle lui fera payer. Sur l'instant, son frère n'est plus la seule personne dont elle veuille se venger. Pendant quelques minutes, elle perd tout scrupule à l'égard du pauvre Osmanthe.

Elle se décale sur le côté pour mieux voir la trajectoire de son regard, remarque enfin la malheureuse bestiole se dandinant dans le sable. Un instant, elle a envie de rire et retient difficilement quelques ricanements moqueurs. Oh, après tout, pourquoi se retenir ? Après toute cette peine, elle peut bien se détendre même si cela n'est pas politiquement correcte. C'est donc dans un grand éclat de rire qu'elle se plie presque en deux, incapable d'articuler le moindre mot. Elle le tient son moyen de revoir le père vivant. Chancelante d'avoir autant ris, sentant son nœud au ventre s'en aller, elle s'avance vers le serpent, faisant quelques grimace à Osmanthe pour voir s'il a une quelconque réaction. Nada.

« Alors gamin, on flippe ? »

Les représailles ? Possible, mais aussi longtemps qu'elle aura l'animal avec elle, il n'est pas question de le laisser reprendre le dessus. A quelques centimètres du scorpion, elle se baisse pour le ramasser, l'attrapant délicatement par la queue qu'elle plaque contre son dos afin qu'il ne puisse ni piquer, ni pincer. Elle se relève, tend un peu la bestiole vers l'avant en direction du traqueur.

« Ses pinces sont toutes petites, tu vois ? Plus les pinces sont petites, plus le poison est mortel. C'est proportionnel à la taille des pinces. »

Le tutoiement qui revient, comme si dès qu'elle avait le dessus elle ne pouvait s'en empêcher, peut-être pour afficher son mépris. Car c'est tout ce qu'elle aimerait lui faire ressentir sur le moment : qu'il n'est qu'une misérable petite chose et qu'il n'arrivera pas à l'écrase ainsi. Certes si le scoprion n'avait pas été là elle l'aurait été, mais il n'est pas utile de le lui mentionner.

Elle s'approche encore de quelques pas, un sourire malsain ornant son visage bien qu'elle soit sûre que le regard de l'homme restera fixé sur l'animal. Elle se plante tout prêt de lui, distance peu pratique pour utiliser des armes à feu, agite l'objet des craintes comme si elle était prêt à le lui lancer dans le cou. Sous la veste, l'endroit où il serait bien pénible de le récupérer et où chaque mouvement entraînerait une belle piqure.

« Osmanthe ! »

Elle crie pour qu'il puisse l'entendre malgré l'absence de réactions jusqu'ici.

« Ais-je besoin de formuler ma requête ? »

Cet instant lui plaît beaucoup et il lui plaira tant qu'elle parviendra à ignorer ce petit pincement de culpabilité qu'elle enfoui tout au fond d'elle. Après tout les sales gosses doivent être éduqués et si la méthode douce ne marche pas, on emploi la dure. C'est peut-être celle-ci pour lui, même si elle a l'impression de plus le traiter comme un animal sous menace d'une baffe que comme un enfant.

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Everything happens to me. [Raz-Raz]

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