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Compliqué, Lewis? Certainement. Pas que pour les autres, d'ailleurs. Lui-même comprenait souvent assez mal ce qui le poussait à agir de telle ou telle façon. Il était son propre mystère, et son seul mot d'ordre était: fuir l'ennui à tout prix. Voilà pourquoi il était parfois si impulsif. Quant à comprendre ce qu'il pouvait avoir derrière la tête à ce moment... bah, il aimait se laisser surprendre, à trop analyser on détruit toute spontanéité. Il n'avait pas d'idées derrière la tête, en vérité il agissait de façon assez insouciante (et inconsciente?) - le résultat, il le verrait bien par lui-même. Alors probable que vu de l'extérieur il puisse paraître complexe et insaisissable. Il fallait bien dire aussi qu'il se livrait peu et qu'au fond il se moquait pas mal de son image. Il se méfiait des personnes trop faciles à cerner: elles étaient non seulement ennuyeuses mais souvent également hypocrites. Il aimait la franchise. Et si Lewis n'avait pas été homosexuel, Sandra aurait été son genre de femme. Impétueuse, drôle, jolie... définitivement plaisante. Encore qu'il eût du mal à l'imaginer autrement qu'en célibataire solitaire endurcie, elle semblait assez fière et indépendante pour ne pas avoir besoin d'un homme à sa botte. Et ça aussi, ça lui plaisait, c'était ce qui la rendait intéressante. Au fond ils se ressemblaient un peu. Mais il ne pouvait regretter ne pas être attiré par les femmes, c'était bien plus amusant ainsi - quelque chose de sérieux n'aurait pu que gâcher ce petit jeu.
S'il se fichait des apparences et de ce qu'on pouvait penser de la sienne, il n'en était pas moins très alerte: il n'avait pas besoin de scruter tous les promeneurs du dimanche égarés sur cette plage pour savoir que certains leur jetaient des regards qui allaient de l'agacement à l'amusement en passant par une très nette jalousie. Il en avait conscience, sentait le poids de leur regard, connaissait leurs pensées, car il les avait fréquentés, tous ces gens ennuyeux... et ils pensaient tous de la même façon. Mais cela ne suffisait pas à le perturber, bien au contraire, il s'en amusait également.
L'ambiance se fit peu à peu plus calme: les camarades de Sandra décuvaient progressivement, le vent était doux et frais ce qui permettait à leurs vêtements de sécher doucement, et les quelques personnes qui n'avaient pas fui à cause de la pluie se promenaient presque silencieusement, chuchotant pour préserver la fausse intimité qu'ils pouvaient bien partager en ce lieu si fréquenté. Il avait conscience de tout cela, pourtant il n'avait pas un instant détaché son regard de la jeune femme, visiblement aussi intriguée et amusée que lui par cette conversation.
« Quand bien même je ne vous comprendrais pas avant la millième lune d'un mois inexistant, vous n'en restez pas moins une personne fascinante. Je me demande bien qui peux discuter avec vous plus d'une heure sans en avoir le cerveau qui fume. Ne le prenez pas mal, je dis simplement qu'il faut savoir vous domptez avant de pouvoir vous comprendre ne serait-ce qu'un peu. »
Lewis ne put s'empêcher: il éclata d'un rire franc, à la fois surpris et sincèrement amusé: c'était bien la première fois qu'on lui disait une chose pareille, même s'il était probable qu'elle n'avait pas été la première à le penser. Oui décidément, il aimait bien cette petite (pourtant pas bien plus jeune que lui). Et il n'était pas vexé, loin de là: il était peu susceptible et pour le vexer il eût encore fallu qu'il prêta une quelconque importance à ce que l'on pouvait penser de lui, ce qui était loin d'être le cas. Un sourire persistant et tout à fait sincère continua de flotter sur ses lèvres même lorsqu'il s'arrêta de rire. Il s'inclina légèrement, une main sur le torse, l'autre dans le dos, et répondit alors qu'il exécutait sa courbette:
« Je vous remercie de ce compliment...», bien conscient que ce n'en était pas réellement un.
Mais il était rare qu'on lui parlât ainsi franchement et à vrai dire, penser qu'on le trouvât à la fois complexe et fascinant ne pouvait être que flatteur pour lui. Il ne se faisait pas un devoir d'être une personnalité ambiguë, bien au contraire. Il aurait d'ailleurs pu lui retourner le propos qui s'appliquait bien à elle également, même s'il était difficile à savoir si elle était uniquement ainsi avec lui parce qu'elle entrait dans son jeu ou si son caractère était habituellement aussi fougueux et joueur qu'en ce jour.
Provocateur, il ne put s'empêcher d'ajouter (car il retenait bien ce qu'il voulait):
« ... Je suis cependant tout enclin à me laisser dompter, miss, n'en doutez pas. Je ne souffrirai pas de faire... fumer votre cerveau.»
Son sourire était redevenu malicieux et à n'en pas douter, il ne se forçait pas.
Elle fut surprise par se rire si tonitruant. Et pas qu'elle d'ailleurs, Sandra sentait les regards appuyés et curieux de ses collègues. Ils commençaient donc à redevenir lucide, quelle bonne nouvelle. Ou pas. Quelque fois, elle les appréciait bien plus étant en état limite comateux plutôt que bien réveillés, pouvant bouger n'importe où et donc l'ennuyer au possible. Et quand Lewis s'arrêta de rire, elle pouvait y distinguer un sourire. Sincère ou non, amusé ou pas, elle n'en avait que faire, il était bien trop difficile à décrypter. Mais elle n'abandonnerait pas la partie, non. Ce serait contre son honneur de grande joueuse. Et elle sourit à sa réplique. Un compliment. Il avait de la répartie, c'était inévitablement vrai. Et c'était plutôt amusant.
« ... Je suis cependant tout enclin à me laisser dompter, miss, n'en doutez pas. Je ne souffrirai pas de faire... fumer votre cerveau »
Elle n'en doutait pas une seule seconde. Mais lui, se faire dompter ? A moins de l'imaginer au lit avec une autre personne, elle en riait bien, la petite Lutwidge. D'ailleurs, elle lui rendit ce sourire si énigmatique. Un sourire bien étrange qu'elle ne se lassait pas de voir, au moins, elle savait qu'il ne s'ennuyait pas avec elle et vice-versa.
« Mon cerveau ne risque pas de fumer autant. Votre présence suffit bien assez pour que je ne sache plus ou donner de la tête. »
Un petit rire se fit entendre. c'était plutôt plaisant de discuter avec ce jeune homme, bien plus qu'avec les autres avec plus de deux grammes d'alcool dans le sang - et pourtant elle savait ô combien ils pouvaient être amusant de les écouter blablater sur un sujet dérisoire tel que la couleur des carottes dans une dizaine d'année. Non, elle n'avait pas le cerveau fumant, mais elle était sûre que c'était le cas de beaucoup de personnes. Le bourgeois aujourd'hui étaient fait pour être des personnes mystérieuses et provocantes, ça, Sandra ne le savait que trop bien. Mais Lewis dépassait bien la barre de la moyenne qui était déjà elle-même assez élevée. Se pourrait-il qu'il soit le maître en la matière ? Fort probable, elle le testait depuis tout à l'heure et n'avait encore rien de bien concret sur sa personne. Quoi que cela ne la dérangeait nullement, c'était plus drôle d'avoir un inconnu en face de soi tout en ayant l'impression de le connaitre. On en apprend ainsi tous les jours, à ses risques et périls -bien qu'il n'y ait aucun risques et périls avec le jeune Waldorf. Du moins, pas pour le moment.
« J'imagine que votre entourage doit vouloir toujours en savoir plus sur vous. Je vous plains. »
Elle le savait aussi, que l'aristocratie était avide de pouvoir, de richesse et tout ce qui allait avec. Lewis était certainement un bon partie, beaucoup de mères voudraient voir leur fille au bras d'un si charmant garçon. Par déduction, Lewis était une rareté en ce qui concerne ce genre de relation. Et puis oui, Sandra le plaignait, énormément. Elle qui a connu nombre d'homme prêt à lui enfiler la bague au doigt, elle qui a dû, pour le plaisir de sa mère, accepter ces rendez-vous avec des questions qui se ressemblaient toutes, elle plaignait le pauvre Lewis qui était l'aîné d'une famille qui devait connaitre le même train-train que les autres. Bien que ce spécimen là devait plus passer ses nuits autre part que dans sa chambre.
« Enfin, je ne pense pas que cela ne vous dérange, vous avez été élevé pour ça, non ? »
Car comme tout enfant à sa maman, un jeune homme se devait être courtois avec le reste du monde.
Invité
Sujet: Re: Nevermind ; Privé Lewis. Mar 29 Nov - 6:29
Lewis avait beau être quelqu’un de relativement incernable et difficile à suivre, la jeune Traqueuse commençait cependant visiblement à comprendre certains aspects de son mode de fonctionnement. Car, en effet, Lewis n’était pas quelqu’un que l’on domptait et ce même s’il le laissait parfois croire. Mais cela faisait partie du jeu. Et qui sait, peut-être qu’un jour il se laisserait réellement attraper… mais ce jour n’était pas arrivé. Il n’était pas vraiment pressé de toute façon.
D’ailleurs la jeune femme lui rendait bien la réplique. Après tout, outre ce que ses relations avaient bien pu révéler, il ne savait pas grand-chose d’elle non plus, et n’avait rien appris d’elle durant leur échange. Il était vrai également qu’il ne s’y attelait pas particulièrement. Paradoxalement, en la découvrant ainsi, il en savait probablement plus sur elle que bien des personnes de son entourage. Ce qu’on sait de quelqu’un ne se résume pas à des choses factuelles comme la date de naissance, le CV ou la couleur des yeux. En revanche, il apprenait à découvrir son étonnante personnalité, qui révélait plus de surprises qu’une quelconque carte d’identité. Et puis Lewis devait l’admettre, le plus souvent il ne cherchait pas à connaître les gens, en particulier s’il envisageait quoique ce soit avec eux. Il n’aimait pas construire des liens durables avec ses conquêtes. Les seules relations qui lui réussissaient étaient platoniques ; autrement, il était trop souvent déçu. Assez bizarrement, construire quelque chose de l’ordre de l’amitié ou tout du moins, relevant d’une quelconque forme de complicité, était chose bien plus difficile et méritante avec Lewis que de partager sa couche (où un beau minois suffisait), car il avait dans ce domaine des attentes assez élevées, probablement accentuées par la vanité du monde aristocrate, souvent aussi étourdissant que creux. Voilà pourquoi il avait bien plus de conquêtes à son actifs que d’amis – en avait-il, d’ailleurs ? Ceux qui pouvaient se vanter de connaître un peu Lewis se comptaient sur les doigts d’une main – ceux qui pouvaient se vanter de le comprendre n’étaient pas encore nés. Et il devait avouer que cette idée l’amusait. Il préservait son âme bien plus que son corps, car elle lui semblait infiniment plus précieuse.
« J'imagine que votre entourage doit vouloir toujours en savoir plus sur vous. Je vous plains. »
Lewis haussa un sourcil intrigué par cette remarque et ce soudain changement de ton. Elle le plaignait ? Oh, certes, le milieu de la bourgeoisie était très commère et tout ce savait. Mais Lewis ne cherchait pas à s’en cacher. Il préférait que l’on s’offusque de ses penchants sexuels plutôt que de savoir ses pensées violées, à la portée de tous. Non pas qu’il eut réellement de quoi s’en cacher, ni en avoir honte, mais tant qu’ils parlaient de ça, ils ne parlaient pas d’autre chose et Lewis préférait les choses ainsi. Quant à son entourage, quel était-il ? Un père mort, une mère mourante qui ne se souvenait plus de lui (à ses yeux, elle était déjà morte), un frère qui était son opposé et avec qui il avait toujours eu une relation conflictuelle et qu’il n’avait de toute façon pas vu depuis longtemps ? C’était là tout l’entourage de Lewis ; personne d’autre n’était réellement proche de lui, il ne l’avait pas permis. Et il n’avait de toute façon pas un sens du devoir familial très élevé.
D’autant que malgré son physique avenant, les rumeurs et son caractère cynique faisaient plus souvent fuir les gens qu’ils n’attisaient leur curiosité. En somme, non, il ne pouvait pas réellement se plaindre de cela.
Quant à ce qu’on eut pu attendre de lui, certes, il avait été un temps où de grands espoirs avaient été placés : mariage important, reprise du domaine familial, et autres mondanités, mais Lewis n’en faisant qu’à sa tête, ils avaient très vite compris qu’insister ne mènerait nulle-part. Son frère était plus discipliné mais timide et mal à l’aise, il ne raffolait pas de ce genre de chose et il aurait probablement nuit à l’image de leur famille le cas échéant. Aujourd’hui plus personne n’attendait rien de lui, et c’était mieux ainsi.
« Enfin, je ne pense pas que cela ne vous dérange, vous avez été élevé pour ça, non ? »
Sa perplexité se changea à nouveau en amusement. Elevé pour ça ? On eût dit qu’elle parlait de porcs que l’on élevait pour les abattre. A vrai dire, Lewis avait été plutôt mauvais élève dans l’éducation qui lui avait été inculqué : s’il était intelligent, il avait toujours préféré flirter avec d’autres étudiants que de se consacrer à ses devoirs. Son précepteur avait vite perdu patience également. C’était Carol le bon élève, sérieux, sage, responsable. Mais voilà, Carol n’avait pas la carrure. Les Waldorf n’avaient pas été gâtés par leur progéniture, leur fortune ruinée, déjà leur nom tombait en miettes. Dans quelques générations, ils ne seraient ni plus ni moins que des gens de la pègre, il y avait fort à parier. Mais Lewis n’en avait cure. En outre, il était évident que si Lewis n’avait pas eu la force de caractère pour s’opposer à ce qui l’attendait, il n’aurait pas été heureux – élevé pour cela ou non, la simple idée de suivre la voie de ses parents l’horrifiait. Visiblement, Sandra se faisait de lui une image très éloignée de la vérité.
« Sachez, jeune demoiselle que je ne suis pas le brave héritier que mes parents auraient voulu que je sois et que nul n’a su me remettre dans le droit chemin. Ne me plaignez donc pas, je suis aussi libre dans mes mouvements que vous, je ne dois rien à personne. Mon entourage ne me demande pas de compte non plus, car il eut fallut pour cela que j’en eusse un. »
C’était peut-être la première chose de sincère, bien qu’énoncée sur un ton amusé, qu’il disait depuis le début de leur conversation, et la première chose qu’il révélait à son sujet. Il lui adressa un sourire, cette fois franc et complice plutôt que provocateur, et ajouta, plus malicieux cette fois :
« Vous inquiéteriez-vous donc de moi ? Je suis touché ! »
« N'est-il pas ? Mais il est inutile de vous sentir flatter, ce n'était pas mon but premier. »
Les Wrldof étaient dans le déclin. Ça, Sandra ne le savait que trop bien. Mais pour le moment, elle ne s'en préoccupait pas, elle n'avait que faire d'un titre s'il n'était pas celui de sa famille et encore plus d'une fortune qui commence, pour la famille déchue, à pointer vers le bas. Elle resta professionnelle, ne s'étendant pas plus sur le sujet qui pour son interlocuteur, commençait certainement à être pesant et gênant.
« De toute manière, ce genre de choses arrive bien souvent. Nous en sommes de parfaits exemples. »
Sandra était la première à pouvoir dire qu'être bien élevé ne servait absolument à rien. Si l'éducation apprit théoriquement étant enfant n'est pas mise en pratique durant la phase adulte, ce n'était que du temps perdu. La preuve même ; la déshéritée faisait tellement souvent la fête que l'on pouvait très sérieusement se demander si elle était sensée préserver l'ordre dans Sphéra. Pour Lewis, c'était une autre affaire, les histoires de meours en tout genre étaient bien courantes dans la Cour de Raziel. La blonde avait elle-même entendu des ragots plus ou moins croustillants, les dames rirent comme des dindes farcies car un tel avait perdu sa fortune aux jeux ou qu'une telle été tombée enceinte de son amant. Un merveilleux cocktails pour le jeune homme qui devait subir les pires brimades de la Cour ; quand on passait ses nuits en compagnie de jeunes éphèbes, ça ne pardonnait pas. Fort heureusement, il existait beaucoup de personnes ayant un esprit un peu plus ouvert et réfléchit que ceux des dames de la Cour.
Un bruit se fit entendre derrière Sandra. Un autre venait de sortir ce qu'il avait mangé et bu durant la nuit, ce qui n'était pas un joli spectacle. Elle grimaça, s'excusant d'un regard envers monsieur Warldof. C'était vrai, parfois, la demoiselle se demandait pourquoi rester avec ces fêtards de première qui ne respectaient pas plus la loi de Sphéra que les chassés. Cette bande, elle était surtout surnommée La bande. Celle qui, après les missions en tout genre, partait sur Alzen faire la fête. Le bateau pour Opale allait arriver et une bonne partie de la troupe n'avaient pas encore digérés les nombreux coktails de l'after.
« Monsieur aurait-il quelques idées pour nous permettre d'arriver sur Opale le plus rapidement possible ? Il me semble que vous connaissez aussi bien les moyens de faire descendre l'alcool que certain médecins. »
Non en fait, Sandra n'avait dit ça uniquement dans l'espoir qu'il connaisse réellement un moyen pour faire dessouler plus vite ses compagnons de route. Le soleil pointait de plus en plus son nez, le bateau arriverait et comme tout le monde le sait, être saoul sur un bateau n'était pas forcément une bonne idée pour passer un agréable voyage.