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 Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]

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MessageSujet: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Dim 16 Mai - 22:18

    Le vent printanier dans ses cheveux blonds, portant un chapeau immense dont les bords s'agitaient nonchalamment, ainsi s'avançait Carol. Le jeune homme, tout droit venu d'Amenthalys par un chemin qu'il avait gravé dans sa mémoire, posa doucement ses doigts gantés sur la porte. Elle s'illumina sur leur pression infime, révélant des caractères ancestraux, que, peut-être, un jour il s'amuserait à contempler en détails. Mais comment s'y concentrer lorsqu'on est assaillit de la sorte par la perspective d'un nouveau monde ?

    Un véritable microcosme insoupçonnable, un nombre infini de possibilités qui libérait sa vie du carcan étouffant de la dictature. Cette ville, Karnevale Avenue, n'était pas seulement un havre de paix, ou un bastion révolutionnaire, c'était un espoir qui ravivait les sentiments d'une génération désœuvrée par un gouvernement trop dur. Toute cette ville véhiculait le changement que Carol avait souhaité. Tout ce précisait depuis sa découverte de la ville.

    Sans hésiter, le jeune homme pénétra dans l'enceinte. A l'ombre des portes, à l'abri du soleil comme de toute agression, le jeune homme eut le réflexe poli et inutile d'ôter son chapeau immense et sa cape de voyage avant de les plier sur son bras. Le vil tissu désormais retiré, les vêtements du dandy se révélaient, sombres et délicats, sans être manifestes d'une trop grande richesse. De toutes façons, quel Waldorf pouvait prétendre à un excès d'or ? Il était aussi pauvre d'un homme du peuple mais comme ses proches, il refusait de l'admettre. Le luxe qu'il s'autorisait était bien au-dessus de ses moyens, mais qu'importe, Carol était assez orgueilleux et fier pour ne pas se restreindre.

    Il fit quelques pas, mal assuré. Allait-il recevoir le même accueil que lors de sa précédente venue ? Lorsqu'il était venu, à demi mort, frapper aux portes avant de s'écrouler, tas de vêtements inertes sur le sol, totalement déshydraté. Ou alors serait-il traité indifféremment ? Ferait-il peur cette fois ? Après tout, à portée de sa main le pommeau de son sabre brillait, quant à son habit, il était, comme nous l'avons souligné, suffisamment bourgeois, pour qu'il se heurte à quelques coups d'oeil en biais. Se glissant à la lumière, il balaya le environs du regard. Une place, des rues sinueuses.

    Carol fut pris d'un excès de timidité lorsqu'un homme affairé le frôla. Il se retira brutalement à l'ombre. Pourtant, aucune remarque de quelque sorte n'avait été échangé, mais cela ne l'empêchait d'être comme effrayé. Gêné de venir ici en simple voyageur, sans se rendre réellement utile. Après tout, quelle était son emploi à Karnevale ? L'oisiveté évidemment! Et contrairement aux âmes en peine qui parcouraient les dédales de la cité, il avait une maison, un foyer, une famille dont il refusait de se séparer. Valait-il mieux qu'un touriste ? Il ne s'engagerait pas véritablement jusqu'à ce que son frère entre chez les Traqueurs, où là il n'aurait plus le choix. Mais tant qu'il l'avait, il le repoussait. Comme pour se débarrasser de la responsabilité. Comme pour tout mettre sur les épaules de Lewis.

    Dans l'ombre, Carol contemplait la vie de Karneval. Sa main contre le mur pour ne pas perdre l'équilibre, son dos très droit, marque dédaignable d'un éducation difficile et stricte. Sur son visage, l'empreinte de la douceur et du plaisir de voir cette ville, dans son esprit, un mélange de poésie, de romantisme et de crainte. La crainte de n'être qu'un poids, de ne pas mériter sa place ici. Mais pour rien au monde, rien au monde, il n'aurait bougé. Rien que de se sentir ici, lui faisait du bien. A Karnevale il n'était plus torturé par la présence de son frère. Seulement par son souvenir...

    Certes tout ici n'était pas que poésie et beauté. Débauche et luxure côtoyaient délices et frivolité. Mais partout, à chaque fois que Carol posait son regard azur sur quelques objets que ce fut, il ressentait la liberté. Et qu'importe, si ici il n'y avait pas assez de place pour la philosophie et le romanesque, il créerait. Oui, même à lui cela était autorisé. Peut-être pas tout de suite bien sur, Carol était encore trop intimidé. Mais au fond de lui il savait qu'il avait la possibilité d'être vivant à sa manière. Il érigerait les bibliothèques les plus complètes, les écoles les plus pertinentes aux architectures audacieuses et différentes. Ah! Si seulement Lewis pouvait voir cela!
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Dim 16 Mai - 23:06

Karnevale Avenue. On pouvait clairement dire qu'elle était à Sphera ce que New York était à l'ancien monde. "The place to be", une ville qui ne dormait jamais, vivant au rythme des soirées, des sorties, et autres évènements diablement interessants auquel l'Empereur et sa clique n'étaient pas conviés. Himmel observa les rues avec curiosité et appréhension, slalomant entre personnes vivantes et spectres. Mais que faisait-elle ici en premier lieu? Juste un coup de tête. Elle avait juste eu envie de quitter son marécage pendant quelques jours et de se mettre à l'heure de Sphera, au lieu de baragouiner avec un mort sur des évènements déjà oubliés. Ce jour-là, elle avait saisi quelques affaires de rechange, son harpon, une réserve de nourriture, avait soigneusement protégé sa cabane en espérant qu'on ne viendrait pas la vandaliser ou quelque chose du genre.

Vêtue de vêtements de seconde main, comme d'habitude, cette fois-ci une robe grise lui arrivant légèrement en dessous des genoux, elle portait une paire de bottes qui contrastait de par son côté très pratique et pas forcément esthétique. Parler aux esprits, quel pouvoir effrayant. Elle en faisait encore des cauchemars. Mais dans cette ville, la logique semblait inversée. Les morts paraissaient presque... Heureux. Ils semblaient sourire, s'amuser presque autant que les vivants, comme si ils se réjouissaient à l'idée qu'ils allaient vivre à jamais dans une fête qui n'avait jamais de fin.

Elle se retourna et marcha à reculons, pratique très risquée quand vous n'êtes pas sur qu'il n'y a vraiment personne qui marche dans la direction opposée. Mais elle voulait admirer ce spectacle, regarder ce monde inconnu, fixer jusqu'au dernier moment ces enseignes qu'elle ne reverrait peut-être jamais, s'abandonner au plaisir pourtant simple de la vue.

Elle ne laissait rien transparaître. Himmel semblait terne, perdue dans cette foule de gens heureux et... Elle percuta quelqu'un de plein fouet. Voila ce qu'il vous en coûtait de ne pas marcher comme tout le monde. Massant l'arrière de son crâne avec sa main, qui se prit dans ses cheveux blonds emmêlés, elle jeta un regard à ce fameux quelqu'un et dit machinalement, comme on dit à n'importe qui:


-Désolée.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 17 Mai - 20:39

[hj: Je vais être pénible mais je vais essayer la première personne du singulier pour une fois^^]

    J'observai toujours cette vie, mes doigts contre les pierres froides d'une maison quand quelqu'un me heurta. Je manquai de trébucher et me rattrapai vivement en pesant de tout mon poids sur mon pied gauche lancé en avant par un mouvement réflexe. Les vêtements posés sur mon bras m'échappèrent mais finalement je m'en tirai bien. En gesticulant dans tous les sens, agitant mon bras libre, je me redressai. Quant à mon dos qui avait bravement encaissé le choc, je ne pensai même pas à compter mes vertèbres comme l'aurais fait Lewis. Après tout, n'en avais-je pas vu d'autre ? Lorsque je me retournai, d'un élégant mouvement de pivot je m'apprêtais à voir mon agresseur. Un autre maladroit, comme moi. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je ne retrouvai face à une petite poupée qui se tenait l'arrière du crâne. Un regard indifférent sur une peau rosée, et quelques mots dont elle me frappa:

    "Désolée"

    Paroles dictées par l'habitude plus que par la politesse ou la sollicitude. Et pourtant, je lui pardonnai tout de suite. D'une part, ce n'était une petite fille et qu'en bon gentleman, toute la responsabilité de cette "rencontre" brutale me revenait, mais surtout parce que dès que j'avais posé mon regard sur elle, un élan de douceur avait envahi mon âme. La blâmer, la corriger, ou simplement lui être déplaisant par quelque moyen que ce fut me révulsait. Elle avait sur ce morceau de visage que je voyais à peine, une candeur qui m'émût. Je m'écartai d'elle poliment puis lui fit face. Sur mon visage calme et doux, j'avais une expression polie. Comme on me l'avait enseigner, je m'excusai toujours avec déférence. Prisonnier que je l'étais des codes de bonnes conudites. Lesquels codes sont parfois bien utiles pour plaire à un entourage capricieux où courroucé. Mais serai-je un jour capable de rire en saluant d'un vague geste de la main lorsque j'aurai commis une faute ? J'eusse aimé paraitre plus détendu et plus franc. Mais je ne l'étais pas. J'étais quelqu'un de sans cesse angoissé, ou torturé. Le problème de l'intelligence sans doute ?

    "Je vous en prie. C'est ma faute."

    Répondis-je, mes yeux bleus affrontant son petit regard vert. Je me penchais légèrement vers elle, tant nos tailles respectives étaient différente. Vingts bons centimètres nous séparaient et à peu près moitié moins d'années. Cela expliquait sans toute cette innocence qui enveloppait toute sa personne, ce côté charmant et sauvage de ses cheveux emmêlés, sa robe usée. En la considérant avec respect, je ressentis une pointe de tristesse face à son accoutrement. Comment pouvais-je me plaindre de mon costume lorsqu'elle n'avait rien à porter de plus qu'une loque blanchâtre ? Etait-elle à la rue ? Pauvre enfant. C'était tellement navrant de gâcher une telle beauté. Si elle avait pu naître dans une bonne famille d'Amenthalys, surement serait-elle encore plus resplendissante. Combien de coeurs aurait fait chavirer une telle adolescente ? Beaucoup trop sans doute, plus encore lorsqu'elle grandirait, à moins que les épreuves du vagabondage ne la meurtrissent et la marquent ? Quelle horrible idée!

    En observant un peu plus les plis de sa robe, je remarquai une poussière brune qui ne convenait guère aux rues mais d'avantage à la vie au grand air. Venait-elle d'arriver à Karnevale Avenue ? Oui c'était fort probable et cela me ravi. Une parfaite occasion de discuter avec elle. Je lui offrir galamment ma main gantée de rouge et lui proposa d'une voix douce.

    "Venez vous d'arriver ? Puis-je vous faire visiter pour me faire pardonner ?"


    Je refusai de croire en un refus. Après tout, n'étais-je pas avenant ? A moins que je me l'effrayais ? Le doute m'envahit, ma main trembla presque. Si elle n'acceptait pas ma proposition, quelle serait ma réaction ? Impossible à prévoir, même pour moi. J'étais terrorisé rien qu'à cette idée. Inexplicablement je craignais toujours qu'on me refuse une amitié. J'étais si peu sur de moi, plein d'hésitation pour un homme de 24 ans. Je n'étais jamais parvenu à me défaire d'une certaine enfance. Je n'étais qu'un grand gamin, affolé à l'idée d'être dédaigné, prenant de l'indifférence pour des insultes.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 17 Mai - 22:04

Himmel jeta un peu plus d'attention à cet inconnu qu'elle venait de percuter à l'instant. Un homme assez jeune, aux traits aussi fins que ceux d'une ballerine, habillé sobrement, comme les codes de noblesse d'Amenthalys l'exigeaient. Cheveux blonds, yeux bleus, on aurait sans aucun doute vu en lui le parfait petit angelot de la famille, destiné à de grandes carrières dans des milieux divers. Neanmoins, petite excentricité qu'elle vit lorsqu'il lui tendit la main, des gants rouge cramoisi recouvrant ses mains aux doigts infiniment longs.

Tel un gentleman, et puisqu'il avait l'air d'en être un, il s'excusa, prétextant que c'était sa faute. Evidemment que non, la jeune fille savait que c'était totalement la sienne. Mais elle le laissa continuer sur sa lancée, tandis qu'elle inspectait du regard la totalité de la silhouette du jeune homme pour observer tous ces atours qu'elle n'aurait sans doute jamais, elle, la pitoyable medium aux mille fantômes.

Donc, cet inconnu se baissa à sa hauteur et elle put voir de près ses yeux, chose la plus révélatrice des sentiments -c'était d'ailleurs ce qui révélait souvent la panique qu'elle éprouvait en certains moments, alors que son corps restait inerte et calme au possible- et de la personne que vous êtes. Les siens étaient bleus, bleus comme l'océan, comme le ciel, couleur de la liberté, déployant son étendard dégradé sur tout Sphera, bleu qui la faisait rêver. Ceux d'Himmel étaient verts, verts comme l'herbe, comme les feuilles des arbres, couleur du renouveau, de la naissance et de l'éclosion.
Interrompant son observation poussée, l'homme proposa de lui faire visiter Karnevale Avenue. Pourquoi? Elle ne le savait point. Elle hésita, rabachant dans sa tête les règles élémentaires de sécurité en voyage, mais son corps lui dit lui même la réponse. Car c'était un fait, elle était épuisée. Tant de chemin parcouru pour arriver jusque là... Presque un mini tour du monde, d'Almancar à cette ville cachée.

Elle répondit donc d'une voix neutre:


-Si cela vous tient à coeur, je ne m'y oppose pas.

Himmel ne prit pas la peine de saisir cette main, frissonnant interieurement à l'idée du moindre contact avec qui que ce soit. Elle reprit son sac de voyage qui ressemblait plus à un vague patchwork et le regarda, ce qui voulait dire "Je suis prête". Elle se calma interieurement en se disant qu'elle disposait toujours de son harpon en cas de besoin, même si il ne semblait pas avoir de mauvaises intentions, avec un regard de la sorte...
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mer 19 Mai - 15:09

    Elle ne me prit pas la main et me répondit avec dédain. Je demeurai tout d'abord muet pas, choqué par autant d'impolitesses. Je compris avec effroi que cette charmante poupée faisait partie des gens que je détestais. Celles qui manquaient tout à fait d'à propos et de tact, répondant sans sourire ou sans phrases de circonstances. D'autant que j'étais tout de même fort magnanime envers elle. Combien de bourgeois d'Amenthalys auraient proposé cette pouilleuse de lui faire visiter une ville, perdant leur temps et donc leur argent ? Il existait bien des ours dans ce monde, des marginaux impertinents, solitaires et originaux, mais même eux je les appréciais. Ce dont j'avais horreur était les malappris. Moi même étant une sorte de précieux j'appréciais les manières élégantes, les mouvements las et les échanges courtois, la poésie d'un regard et la mélodie d'une phrase. Cette petite y était hermétique, totalement.

    Il était bien dommage que l'enseignement de qualité ne fut réservé qu'aux castes les plus riches, qu'aux villes les plus florissantes car c'était bien souvent les pauvres qui en avant le plus besoin. Cette enfant, qui serait-elle si on l'avait élevée dans les règles de l'art? Laissez moi l'imaginer: un charmant sourire danserait sur ses lèvres et elle m'aurait répondu avec affectation. Même feinte. Car oui, j'aurais préféré que ce soit une hypocrite. Au moins étaient-ils agréables. Je n'étais pas de ceux qui se laissaient prendre dans leurs pièges, j'ai trop vif d'esprit pour leur bassesses. Cependant, je ne dédaignais pas leur compagnie ou leur société.

    Pourquoi suis-je alors resté en cette présente ? Pourquoi n'ai-je pas tourner le dos à cette adolescente détestable quand la ville entière me tendait les bras. Certes, il est vrai que je n'avais de toutes façons rien d'autres à faire. Mais ce n'était pas plus importante ni la plus poétiques des raisons qui m'avaient poussé à rester. En vérité, c'était mon indulgence qui me réduisait à l'impuissance. J'étais incapable de me montrer désagréable avec elle, comme je l'avais déjà souligné. Non seulement son visage renfrogné me plaisait, mais, surtout, j'étais contre le fait de la laisser ici, seule. De la pure bonté, de la pure gentillesse, ou le fait que j'ai horreur de lancer des mots en l'air ? Je m'étais engagé à la faire traverser Karnevale, je ne pouvais plus me défaire de ces dires. L'honneur peut-être ? Non cela était une notion très vague chez moi. Plutôt mon côté gentleman.

    Je recroquevillai mes doigts avec lenteur, et mon bras retomba sur ma hanche. Je la regarda hisser sur son épaule un énorme sac. Si sa réponse avait été plus positive face à ma première demande, je me serai enhardi à lui proposer de le lui porter. Mais vu l'air suspicieux qu'elle me jetait, je jugeais importun de me montrer galant avec elle. Avec sa culture affligeante, elle aurait tôt fait de me prendre pour un voleur. Répriment un soupir ennuyé, j'engageai le pas. Marchant à ses côtés plus que devant elle, réflexe dicté par une étiquette ancré dans mon âme.

    J'allais me lancer dans la présentation de certaines bâtiments qui m'émerveillaient déjà avant que nous ayons franchi la ligne de lumière. Mais je me retins. Lui accordant un regard en biais sur sa petite tête, je haussai les épaules et déclarai d'un air désinvolte.

    « Si vous êtes fatiguée, nous pourrions prendre une verre ou une tasse de thé. Je vous invite. »

    Proposai-je. Je ne su pas pas ce qui me prit alors. Ma sollicitude devait être à son paroxysme avec elle. Certes, j'avais toujours été d'une nature généreuse et gentille mais tout de même. Jamais avec les personnes dédaigneuse. Fort heureusement, je n'attendais rien en retour.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mer 19 Mai - 16:42

C'était la deux mondes qui s'entrechoquaient, deux personnes totalement opposées. Leur mode de vie, leur comportement, leur garde-robe et même plus, tout les séparait. Himmel préféra éviter son regard, car il ne semblait plus très enjoué à présent. La main tendue pour serrer une main virtuelle, il semblait rechercher que dire. Perdant de sa prestance, son bras retomba mollement et il commença à marcher. Ralentie par sa charge, elle le suivit en trottant, jetant encore quelques regards évasifs vers le ciel et quelques enseignes qu'elle mémoriserait pour avoir quelque chose à raconter à sa mère, une fois de retour dans ces obscurs marécages ou elle résidait.

Cinq petits mètres seulement plus tard, il s'arrêta. Sentant des yeux sur elle, la jeune fille n'hésita pas et interrogea du regard son acconpagnateur. Mais aussitôt, ces yeux la captivèrent à nouveau. Ce bleu... Les personnes aux yeux bleus étaient rares à Almancar. La vermine se parait souvent de noir ou de couleurs foncées. On distinguait bien vite les vieilles familles qui avaient toute leur histoire ici des nouveaux arrivants d'il y a deux générations. Les deux dernières représentantes des Clare faisaient ici figure d'OVNI. Ce bleu... Elle avait l'impression de voir des vagues s'agiter, des nuages passer lentement, comme si un autre monde s'y terrait.

Elle reprit ses esprits pour voir qu'il venait de lui dire quelque chose il y a au moins deux minutes de cela. Cherchant ses mots, elle répondit d'un simple:


-C'est vrai?

Il lisait dans ses pensées? Car, oui, elle était fatiguée et quelque chose de chaud lui ferait le plus grand bien. Elle faisait souvent le trajet Almancar-Alzen, une fois par mois à vrai dire, mais elle n'avait jamais entrepris un voyage aussi long, sur un coup de tête de plus. Regardant tour à tour ses pieds, l'homme, l'horizon et ses pieds, elle hocha la tête et compléta un peu sa réponse:

-J'accepte.

Et ils étaient repartis pour de nouvelles aventures, cette fois en quête d'un salon de thé ou de quelque chose du genre. Himmel observait les devantures et les vitrines avec un interêt non dissimulé. Mais, peu de temps après être partis, elle s'arrêta net, fixant un endroit vide puis se tourna vers l'inconnu:

-Attendez-moi.

Elle posa son sac rapidement et marcha tout aussi rapidement, mais s'arrêta, se retourna, prit une grande inspiration, et laissa sortir un petit:

-... S'il vous plaît.

Puis elle repartit et arriva à cet endroit vide, à l'opposé de la rue, au milieu des gens allant dans des directions diverses. Elle s'agenouilla, attirant les yeux de plusieurs personnes, mais ce n'était pas sa plus importante priorité pour le moment. En effet, combien de personnes pouvaient voir ce fantôme de petit garçon qui pleurait? Peu de gens en effet. Mais elle, elle le pouvait, et elle sentait qu'elle devait l'aider, pauvre âme solitaire. Elle chuchota, mais il ne l'entendit pas. Elle parla plus fort, il leva les yeux. "Pourquoi pleures-tu?" " Ma maman... Elle ne me voit plus..." " Depuis quand?" " J'ai glissé dans l'escalier, et quand je me suis réveillé, personne ne m'entendait..." " Je vais t'aider. " "Vous pouvez vraiment faire que maman me voie?! Peut-être pas, mais je peux te faire te sentir beaucoup mieux. Tu vois la-bas, cette colline? Cours-y et regarde le ciel. Puis ferme les yeux et pense à des choses heureuses..." " Vous êtes sure que ca marchera?" "J'en suis sûre!" "Merci!"

Himmel se releva, remettant son masque de neutralité. Evidemment, elle avait parlé à un mur pour tout le monde, mais assez discrètement pour qu'on croie qu'elle marmonnait quelque chose en refaisant ses lacets. Elle revint aux côtés de son accompagnateur, saisit à nouveau son sac, qui pesait de plus en plus lourd, et attendit un nouveau départ.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Jeu 20 Mai - 20:18

    Alors que je l'observais, l'adolescente leva ses yeux vers les miens et ne me lâcha plus. Cette couleur verte, aussi hypnotique que vive me fit inévitablement rougir et je me hâtais de détourner la tête. En y réfléchissant, ma réaction était totalement incohérente avec mes habitudes. Si je me transformais régulièrement en pivoine devant une jolie fille pour un garçon qui me plaisait, il était rare que je fasse de même devant une personne beaucoup plus jeune que moi. J'en arrivai finalement à la conclusion qu'il y avait quelques choses d'étranges en elle qui m'apaisait autant qu'il me mettait mal à l'aise. D'abord ma sollicitude inexplicable, puis maintenant mon gêne. Elle absorbait chacun de mes mots pour n'y répondre que par des petits mots anodins que j'attendais, à mon plus grand étonnement avec impatience. Mais j'étais décidé à rester sur ma première décision. Je ne porterai pas son sac, je ne lui témoignerai pas plus de gentillesse qu'à toutes autres personnes désagréables. Je dus me faire violence pour ne pas la prier de me donner son bagage lorsque je le vis dangereusement oscillé sur son épaule.

    Comme elle acceptait mon invitation, nous commençâmes à évoluer à travers les nuées de badauds de Karnevale Avenue. En pleine lumière j'étais assez mal à l'aise, mon pas se raidit quelque peu. Je devins de plus en plus tendu, comme guettant l'arrivée d'un évènement néfaste, comme si je m'attendais à voir bondir mon frère de l'intérieur d'une boutique ou de l'angle d'une ruelle. Aussi, je ne remarquai pas tout de suite l'absence, à côté de moi, de la jeune fille. Je ne l'avais même pas entendu s'éloigner, tant j'étais perturbé par de chimériques personnages. Lorsque je me retournai, plus vivement, et plus inquiet que je ne l'eusse souhaité, je l'aperçus, au milieu de la grande rue, absorbée par... quelques choses que je ne parvenais pas à voir de là où j'étais. Je revins sur mes pas à temps pour l'entendre me donner un ordre:

    Attendez-moi.

    Forcé par l'habitude d'écouter mon frère me lancer de tels impératifs j'obéis machinalement, me plaçant instinctivement à côté de son sac pour ne pas qu'on le lui retire. Autour de nous, les promeneurs s'écartaient avec étonnement de voir un jeune homme à l'allure snob accompagnée d'une adolescente aux cheveux emmêlés, tous deux immobiles. Ce ne fut qu'après l'avoir entendu susurrer, comme à contre coeur:

    « S'il vous plait »

    Que je compris à quel point j'étais d'une nature indolente, voir soumise. C'était pitoyable pour un homme de la haute société d'Amenthalys. Mais j'étais de toutes façons quelqu'un d'assez ridicule, j'en avais parfaitement conscience. Ainsi, tout le monde me donnait un âge moindre que le mien, me pensais simple d'esprit. Quel affront pour une intelligence aussi froide que la mienne. Le pire était que je ne pouvais pas changer, je ne pouvais pas lutter contre ma nature profonde, je ne pouvais que la supporter.

    Au loin, j'apercevais mon adolescente, agenouillée vers d'un mur. L'une de ses jambes était pliée devant elle, et ses bras ballants pouvaient donner l'impression qu'elle refaisait ses lacets ou ramassait quelques choses. Mais je sus instinctivement qu'il n'en était rien. Pourquoi se serait-elle autant éloignée ? Pourquoi prendrait-elle autant de temps pour une activité aussi banale ? Quoique, je devais bien l'avouer je n'avais aucune idée précise du but de ses manières. Cela m'intrigua. Cette fille n'était pas normale, tout comme lui certes. Une nouvelle idée me vint immédiatement, attirée au centre de mon attention comme par la précédente, s'enchainant dans un entrechoque d'évènements qui se raccordaient tous au sujet principal. Si elle était ici, c'était que comme moi, elle détenait un Karnevale. Etait-elle en train de le pratiquer ? Probablement c'était la seule explication rationnelle que j'avais. Mais quel pouvoir exactement ? Là était la question, ce qui me renvoyait au point de départ. Avec un peu de réflexion, l'analyse de son comportement rappelait l'Invisible. Pas un pouvoir élémentaire, ni physique, comme le mien. Psychomètre peut-être ?... Non! C'était un peu rageant de ne pas réussir à trouver la réponse à cette énigme, d'autant qu'elle était évidente. Mais je bloquais étrangement. Soudainement, alors que je la vvoyais revenir, son air indifférent toujours affiché à ses lèvres, que mes neurones se reconnectèrent. Les idées se firent claires et je souris, imperceptiblement, fier de ma trouvaille. Ainsi c'était son Karnevale ?

    Alors que je m'apprêtais à la questionner, l'air de rien, je la vis charger son épaule de son lourd fardeau et il me sembla que l'effort fut encore plus difficile que la première fois. Bienveillant, je changea mes vêtements de voyage, ramassés précédemment (sans que les yeux indiscrets du lecteur n'aient pu me voir), d'un bras à l'autre et lui tendis de nouveau ma main gantée.

    « Acceptez vous que je vous décharge de ceci ? »

    Je n'osais même pas la regarder directement, je fixais un point à deux ou trois centimètre du sommet de son crâne mais désignais bien sur le sac. J'avais honte de temps de faiblesse de ma part. Mais je ne pouvais rien faire contre. Je ne voulais pas qu'elle souffre. Elle était si jeune, probablement harassée par le voyage. Ce n'était pas de la sollicitude exagérée... n'était-ce pas simplement de l'humanisme ?
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Jeu 20 Mai - 21:52

Himmel, face à cette demande soudaine, essaya de capter à nouveau le regard de son interlocuteur, mais il lui sembla que le visage de celui-ci se teintait d'une couleur très proche du rose pivoine. Restant muette, elle jeta un regard à son sac.

Ca n'était le genre de sac qu'on emmenait souvent avec soi. Il faisait presque la moitié de sa taille et n'était pourtant rempli qu'à moitié, même si son poids avoisinait celui d'une enclume de taille moyenne. Mais que trouvait-elle à mettre dedans? Excepté le poids du sac, qui était de trois kilos à vide, son harpon pesait lourd, accompagné de quelques chiffons de rechange qui lui servaient de vêtement, un ou deux livres provenant de la boutique de Lawena et des miettes de pain. Inutile de dire que, si elle avait les moyens de mettre du beurre dans les épinards, elle serait actuellement en train de le trainer derrière elle comme un boulet accroché à son prisonnie
r.
La jeune fille, observant tour à tour l'homme et son cher sac, n'eut pas d'expression particulière et saisit son fardeau à deux mains, bien qu'avec tous ses petits muscles en action, celui ne flottait qu'à deux centimètres du sol. Elle le mit avec précaution dans sa paume gantée et dit calmement, comme à son habitude:


-Faites attention. C'est lourd.

Avant de le laisser à ses bons soins. A moins qu'il ne soit une sorte de superhumain ou de bodybuilder, il allait forcément le faire tomber ou, au moins, avoir du mal à le porter d'une seule main. Mais peu importait à Himmel, la seule chose précieuse contenue dans ce sac étant à l'abri des chocs. La vue des ces joyeux fantômes lui donnait presque envie de rire et de rire encore, mais elle se contenta simplement d'une esquisse de sourire.

Il était temps de repartir, pour de bon cette fois. Elle s'étira légèrement, massant son épaule engourdie. Elle menait la marche, même si elle n'avait pourtant aucune idée d'ou ils allaient se diriger. La seule pensée qui subsistait dans son esprit était celle de ces yeux magnifiques...
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Ven 21 Mai - 20:18

    Je la vis chercher mon regard mais je continuai à détourner le mien, décidé, semblait-il à ne plus montrer ma faiblesse. Je n'allai pas céder non. Ne serait-ce que pour me mettre au défis, engager un duel avec ma timidité. Je tins bon jusqu'à ce qu'elle se décide à me donner son sac. Trop lourd semblait-il, il était venu à bout de sa résistance physique, ainsi que de sa méfiance. Quoique...était-il réellement possible de partir en courant avec un chose aussi énorme, soudée à l'épaule ? Sincèrement, même avant de le prendre dans mes bras, je savais pertinemment que cet imposant patchwork de tissus miteux devait contenir plus qu'il ne pouvait en supporter. Des pierres peut-être ? Un litre de plomb ? Mais probablement rien de suffisamment précieux pour justifier un déboitement de l'épaule. Aussi, lorsqu'elle me le tendit, je ne pris pas ce geste pour une faveur, mais juste un moyen, pour elle, de se trouver un porteur assez idiot pour ne pas réclamer de dédommagement.

    Attention, c'est lourd.

    Sans blague ? Prudent, je le saisis à deux mains et fit un effort important pour ne pas m'étaler à terre. Mon pouvoir compensant le mouvement brutal que le poids du sac avait occasionné, je me hâtai de hisser cette enclume sur mon épaule. Je dus avouer que porter un truc pareil n'avait rien d'une sinécure. Quelques pas plus loin - je m'étais remis à marcher, certain qu'elle me suivrai à la trace cette fois - je commençais déjà à ressentir des douleurs dans mon dos. Comment une gamine, deux fois plus petite que moi, beaucoup plus jeune et de toutes évidences absolument pas sportive avait pu trainer ce fardeau jusqu'à Karneval Avenue depuis... depuis où d'ailleurs ?

    Je me retournai vers elle, vers ces beaux yeux d'émeraudes, oubliant bien sur de ne plus la regarder directement. Mais étrangement, de cela je m'en aperçus pas tout de suite, trop occupé que je l'étais à envoyer un joli sourire à cette adolescente. Je ne lui avais pas posé la moindre question personnelle pendant que nous étions ensemble. Il fallait dire qu'elle ne m'en avait pas vraiment laissé le temps. Aussi, d'une voix claire et douce je suis demandai, prononçant chacun de mes mots avec lenteur et gentillesse, comme une grand frère.

    "D'où venez vous Mademoiselle ?"

    Il était bon de commencer par le commencement, son nom viendrait après, pendant que nous serions assis dans ce joli salon de thé par exemple. Je remonta machinalement la lanière détestable et irritante sur le haut de mon bras avant de pousser la porte. Cette une devanture était assez quelconque et l'intérieur était bien pire. Un parquet ciré, des murs blancs, très simples, un mobilier en bois et en fer, un bar ou un comptoir dans le fond, tout semblait très sommaire mais parfaitement propre. La musique d'ambiance était d'un très bon goût, juste assez classique pour ne pas être insistante et suffisamment moderne pour faire de ce restaurant un lieu à la mode à Karnevale Avenue. Je me surpris à afficher un sourire très satisfait de moi-même, ravi d'être parvenu à retrouver ce lieu. Mais je n'allai tout de même pas inviter cette enfant dans un gourbi ou dans un bar de bourgeois détestables. Un endroit vivant et simple. Tout simplement.

    Alors que je m'avançais d'un pas raide dans le bar, un serveur m'aborda avec un sourire complaisant parfaitement hypocrite. J'étais heureux. J'aimais tant la politesse désuète de ces lieux. Je lui indiquai mon désir de prendre une table pour deux et ne manquai pas de remarquer sa jeunesse et sa beauté. J'emboitai son pas, suivi, je l'espérai par ma compagne. Pas un seul des clients ne nous avaient jeté le moindre des regards. Du moins je ne le remarquai pas, trop content de poser à terre - enfin de jeter, par très délicatement - le sac. Je fis jouer l'articulation de mon épaule et écarta galamment une chaise pour Himmel, de avant de m'asseoir sur une autre. Le Serviteur nous laissa deux cartes et s'en fut. Je baissai doucement mon regard bleu sur ce morceau de papier et demandai, d'un air distrait

    "Puis-je savoir votre nom ?"


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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Ven 21 Mai - 21:45

Il ne semblait pas prendre la tâche à la légère, si bien qu'il eut recours à une technique encore inconnue pour réussir à le soutenir et le mettre sur son épaule. Et ils repartirent pour un tour, l'homme ayant beaucoup plus de mal à marcher à présent qu'il éprouvait la souffrance qu'elle avait éprouvé quelques heures plus tôt.

Bien sur, comme le fait qu'une tartine beurrée tombe toujours sur le côté beurré, ils ne pouvaient pas faire dix pas à la suite sans qu'un évènement quelconque ne se passe. Et ce fut cette fois son porteur de sac qui se retourna, faisant à nouveau se déconnecter l'esprit d'Himmel avec ces yeux. Il en profita pour faire un grand sourire, comme si rien ne l'amusait autant que de porter une enclume et de s'entretenir avec une manante. Enfin, chacun ses occupations. Celle-ci, se ressaisissant, dit d'un air absent:


-Du fin fond d'Almancar.

Et elle ne plaisantait pas. Il fallait vraiment un plan détaillé pour arriver à retrouver sa demeure au milieu de la mangrove. Ils arrivèrent enfin à destination, un bel endroit, simple mais efficace. Tout dans ce lieu avait l'air d'être sorti d'un jeu de construction pour enfant. Construit simplement, mais réfléchi un minimum. Ne s'attardant pas davantage sur la décoration des lieux car son bienfaiteur s'en allait en direction d'une table -accompagné de son cher sac, entre autres-, Himmel s'assit sur la chaise qu'il avait préalablement tirée à son intention et s'en retourna au contemplement absent du plafond blanc, comme les murs de ce salon de thé, comme la chemise du serveur, comme les nuages qui dansaient au dehors, comme les reflets dans ses yeux.

Bien sur, comme le fait qu'un chat retombe toujours sur ses pattes, elle ne pouvait pas passer dix secondes à admirer quelque chose sans qu'un évènement quelconque ne se passe. Et ce fut encore une fois cet inconnu qui la tira de sa douce rêverie en lui demandant, l'air de rien, son nom. Cela ne coûtait rien de le dire, et elle le fit avec le même ton:


-Himmel.

Elle jeta un regard au menu. Une si belle écriture, des photos qui lui donnaient l'eau à la bouche, tant de belles choses. Elle pensa aux patates molles que sa mère était sans doute en train de préparer en soupirant, et se jura à nouveau de garder ce souvenir ancré dans sa mémoire pour le lui raconter. Mais, elle se sentait d'humeur joueuse. Regardant ses cheveux (ses yeux étant occupés à lire la carte), elle dit:

-Puis-je vous retourner la question?

Mais le serveur l'interrompit avec son sourire niais et son leitmotiv. Comme par hasard, evidemment. Il y avait la un complot, elle le savait! Enfin, après avoir commandé une bonne collation -un chocolat viennois-, elle attendit la réponse à cette fameuse question.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 24 Mai - 0:04

    Du fin fond d'Almancar ? Sans nul doute car qui pouvait porter de telle fripes à Pretty DownTown ? Mais cette réponse énigmatique, si elle ne me satisfaisait pas totalement, éveilla ma curiosité bien plus qu'un banal numéro. Poète dans l'âme, j'aimais le mystère, les personnalité floues, le crépuscule, l'obscur plus en encore que la lumière. Un sourire rêveur se dessina sur mes lèvres fines et je hochai délicatement là tête. Pensif. N'était-ce qu'une figure de style habile ou un moyen maladroit de dire qu'elle avait honte de sa demeure ? Je préférais ne pas le savoir, mon esprit loin d'être cartésien se contenterait du "fin fond l'Almancar."

    Plus tard, assis à table, la petite poupée déclina son identité et ce fut avec un certain plaisir que j'entendis ce nom glisser sur ses lèvres. Himmel. La sonorité me plut, de même que cet air de chien battu qu'elle trainait. Lascive pour répondre, mais obéissante, ruines d'une éducation peut-être ? En tout cas si cette créature avait un jour eu un maitre elle n'avait été qu'à demi apprivoisée. Un simple prénom, tant pis pour son patronyme. Mais qu'attendais-je ? Appelait-on vraiment une enfant aussi jeune avec un nom de famille de nos jours ?

    Alors que je jetais mon dévolu sur l'image d'un sachet de thé mit bien en évidence, elle me retourna la question, selon ses propres mots. S'enhardissait-elle ? Mais avant que je ne puisse donner ma réponse, car je ne pouvais manquer de le faire, le serveur vint. Une ombre ennuyée passa dans le bleu de mes yeux. A vrai dire, je brûlais de lui échanger mon prénom pour qu'une intimité s'installe enfin entre nous deux. J'avais alors l'illusion - peut-être - qu'une fois les présentations faites, nous pourrions communiquer. Etait-ce une façon de me persuader de ne pas la laisser là seule, ou une simple excuse pour justifier mon envie de lui tenir compagnie ? Tout me paraissait si confus que je fus incapable d'ordonner mes paroles. Mais fort heureusement, sa petite voix me devança et passa commande. Cette futilité éveilla en moi un soupçon d'intelligence et je me hâtai de demander:

    "Euh.. c-ce thé s-s'il vous plait."

    Je désignais la carte d'un index impérial, mais mes joues s'empourpraient si vite que je ne parvins pas à me maitriser. Lui, d'un air las, griffonna quelque note, les références du thé à moins qu'il n'estima mon Q.I car la plume ne gratta pas plus d'un chiffre sur le papier. Quand il fut parti, nous nous retrouvâmes seuls. Piégé, face à elle, je faisais de gros efforts pour maitriser les battements de mon coeur, empêcher mes joues de rougir d'avantage, ou mes lèvres de trembler. J'ignorais totalement ce qui avait occasionné une telle réaction chez moi, mais dès que je pus articuler sans sentir les mots me fuir, je priai ma compagne de m'excuser en ces thermes:

    "Pardonnez moi, je ne me sens pas très bien, la fatigue sans doute."


    Sur mes pommettes: une touche de rose; sur mes lèvres: un rictus gêné, mes yeux plissé et ma main droite qui s'agitait bêtement. Etais-je totalement ridicule ou simplement pathétique ? Je finis par me calmer en respirant lentement. Distraitement, je dégageais mon visage de quelques mèches de cheveux, puis prit la parole d'un ton mille fois plus calme, sans tout de même risquer de croiser son regard.

    "Carol Waldorf, Mademoiselle. Je viens d'Amenthalys."

    Je relevais enfin les yeux, vers elle, vers ce charmant visage. Incapable de lancer un sujet intéressent je me précipitais sur les banalités d'usages que j'avais maintes fois entendues suinter des lèvres de Lewis.

    "Est-ce la première fois que vous venez à Karnevale Avenue ?"

    Quoique Lewis était encore à s'interroger sur l'existence véritable de cet endroit...
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 24 Mai - 14:23

Il semblait perdre ses moyens. Commandant un thé en prenant une voix qui ressemblait fort à celle provenant d'une cassette en mode avance rapide, il faisait de son mieux pour ne pas s'embrouiller et paraître calme et posé.
Calme et posée, Himmel l'était, enfin, à moitié. Son regard ennuyé revenait souvent vers sa droite, observant ce spectre d' adolescent qui riait si fort. Il la regarda et fit une gestuelle qui signifiait sans doute "Mais qu'est ce que tu fais avec un mec comme lui? Même pas capable de te draguer correctement!". Elle retourna à ses occupations, lui disant clairement par son regard qu'elle le voyait et l'entendait tellement bien qu'il allait comprendre sa douleur si il la dérangeait plus longtemps.

Mais il était bien vrai qu'avec ses joues rougissantes, le sourire gêné sur ses lèvres et sa main qui bougeait étrangement, il avait plus l'air d'un garçon timide plutôt que d'un gentleman de la haute société. Invoquant une raison quelconque pour justifier cette attitude étrange, il se calma et déclina son identité. Carol... Un nom atypique. Mais la suite la laissa plus perplexe et elle s'en retourna à l'inspection du plafond, en chuchotant ce mot:


-Amenthalys...

Elle n'avait jamais été là bas, enfin si, elle avait juste vu sa silhouette grâcieuse en prenant le chemin pour se rendre ici. Elle n'avait qu'une seule raison d'y aller, juste pour voir d'ou elle venait réellement. Les racines de la famille Clare... Une mystère qu'elle n'avait jamais élucidé, si ce n'était par les tergiversations de sa mère. Ou peut-être pour rencontrer Carol à nouveau. Etrange, elle désirait la compagnie de quelqu'un à présent...
Revenant au monde physique, la jeune fille baissa la tête et se retrouva à nouveau face à lui et ses yeux qui étaient pour elle comme un piège fatal. Le regardant dans le blanc des yeux pendant quelques secondes, puis interrompant subitement ce contact pour lancer un nouveau regard ennuyé au spectre qui riait à s'en décrocher la machoire, elle lui répondit:


-Oui. J'aimerais que ce ne soit pas la dernière.

Le serveur revint avec leur commande, toujours avec ce sourire qui devait lui faire souffrir le martyre.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mar 25 Mai - 21:36

    Le nom de ma ville natale ne la laissa pas indifférente, comme évoquant quelque réminiscence dans le fond de son esprit. Je m'attardais un instant sur ses traits enfantins avant d'en revenir au bois de table. La tête baissée, je ne savais plus vraiment quoi dire. De son côté, Himmel, puisque c'était son nom semblait perturbée par une chose que je ne pouvais pas voir. Je l'avais vu tourner la tête alors qu'elle pensait que j'étais perdu dans mes pensées. Mais j'avais jeté un coups d'oeil discret pour une dernière confirmation. A présent, même si je n'en avais pas eu la preuve irréfutable, je savais quel était son Karneval. A moins bien sur que j'ai en face de moi une schizophrène, ce qui, dans l'absolu n'était pas impossible. Mais j'étais prêt à parier mon bras droit que cette demoiselle avait le don de seconde vue. Les points qu'elle fixait, son comportement étrange, qui à deux reprise s'était répété, c'était trop simple pour mon esprit éveillé. Une médium, je le déduisis et un sentiment d'orgueil parcourut mon corps. Non pas que je fus du genre me vanter de mes réussites, mais je les appréciais. Inutile de mentir. Et même si cette découverte n'était pas très importante pour le moment, j'avais une carte de plus dans ma manche. Le côté calculateur de mon esprit me frappa. J'étais à ce point méfiant que je disputais une partie de poker virtuel avec toutes mes rencontres.

    C'est une ville très plaisante. On n'en fait pas facilement le tour."

    Dis-je d'une voix rêveuse en remerciant le serveur. J'évitais soigneusement de le regarder et saisit ma tasse d'une main incertaine. La voir intacte reposer dans sa petite coupelle fut d'un grand soulagement. Je souris, en voyant Himmel recevoir elle aussi sa commande. Un énorme verre, très haut avait été posé par le garçon, en face de son petit visage blafard. Une mousse de lait, à moins que ce ne fut de la crème fouettée débordait complètement sous la pression d'une dense mixture brune, le tout saupoudré de coupeaux de chocolat. Comment allait-elle faire pour avaler une telle chose ? J'étais curieux de le savoir. En prenant moi même la anse de ma tasse de porcelaine, la portant à mes lèvres pâles, je lui demandai, affable

    "Vous pouvez pendre aussi un plat mademoiselle. Je suppose que la route a été longue depuis le fin fond d'Almancar."

    Je lançais cela en fermant les yeux pour absorber un peu de ce délicieux thé. L'eau parfumée dégoulinait le long de mon gosier avec voluptés. La chaleur du breuvage m'envahit et je me sentis apaisé, regrettant soudain mes mots d'esprit, peut-être désagréables. Tout le monde n'appréciait pas forcement l'humeur de la famille Waldorf. Aussi j'assurai, en reposant ma tasse, les yeux rivés sur la table.

    "Ne vous vexez pas, je disais cela sans méchanceté."


    Sur ce j'appelai déjà le serveur qui venait de s'échapper de notre table. Je le regardai venir, apparemment contrarié, ses lèvres étirées dans un sourire de plus en plus forcé, comme immobilisées par des pinces à linges invisible, de part et d'autre de ses joues. Je commandai pour ma part une part de tarte à la pomme et lui désigna Himmel de ma main gantée pour qu'elle choisisse, elle aussi. Je ne voulais pas qu'elle se sente gênée parce que je payais tout. Qu'elle en profite au contraire, mon frère ainé avait travaillé dure pour gagné tout cela. Enfin, lorsque le serveur fut de nouveau parti, je repris la parole. Ma voix se fit plus douce et pleine de sollicitude envers cette petite créature. J'essayais toujours de ne pas la regarder, mais mes yeux bleus semblaient parfaitement incapables de se détacher une seconde de plus de cette charmante créature. Je pris une autre gorgée pour me sentir mieux, plus calme et remarqua qu'il avait déjà commencé à refroidir. Arnaque!

    Sans vouloir être indiscret, comptez vous rester ici plusieurs jours ?
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mer 26 Mai - 11:09

Himmel, surprise, observa sa "collation" avec curiosité. Il y avait la de quoi nourrir un régiment! Le verre faisait presque le quart de sa taille et était rempli à ras-bord de chocolat chaud, surmonté d'une montagne de crème fouettée qui penchait dangereusement et ne demandait qu'à être mangée avec délectation. Le tout dégageait un agréable fumet qui parvient jusqu'au nez de sa propriétaire, qui s'empressa de commencer. Saisaissant la cuillère fournie avec la commande, elle prit une bouchée de crème fouettée et un petit sourire apparut au coin de ses lèvres. Cela la changeait beaucoup des patates molles sans saveur et du pain rance de son modeste logis. Carol l'invita a prendre autre chose, si elle le désirait, en prétextant que la route avait été longue. Elle lui répondit entre deux gorgées de chocolat:
-Vous n'avez pas idée.

Il s'excusa aussitôt après pour un motif inconnu. Himmel, ne comprenant qu'a moitié, haussa les épaules et dit d'un ton se voulant calme:


-Ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas vexée.

Elle retourna à son breuvage, attrapant in extremis du bout de sa langue un filet de crème qui voulait s'échapper. Rien ne restera intact du contenu ce verre, elle se le jura. Mais déjà, Carol appelait à nouveau le serveur en commandant cette fois une part de tarte. Elle consulta la carte, regardant ce qu'elle pouvait prendre de plus sans craindre d'exploser. Elle prit donc une crêpe aux myrtilles, priant interieurement pour y survivre sans y laisser ses intestins au passage. L'homme lui demanda, toujours de sa voix douce et concernée, si elle comptait demeurer plus longtemps dans cet endroit merveilleux.

Himmel ne bougea plus et son programme de comptabilité et de gérance de son maigre pactole se mit en marche. Si elle restait plus longtemps, il lui faudrait un endroit ou dormir. Ou, au pire, elle dormirait dans la rue, même si cette possibilité était assez dangereuse. Côté nourriture, ce qu'elle allait avaler serait amplement suffisant pour tenir un jour sans avoir à manger. Dernière confirmation, elle se fia au bruit des pièces s'entrechoquant dans l'une de ses poches. Ce qui fit qu'elle dit:


-Je ne pense pas en avoir les moyens. Je partirai sans doute ce soir.

La vie coûtait cher et son temps était précieux. Cinq heures de voyage dans des conditions optimales, elle serait revenue à temps pour botter les fesses par les pirates rôdant autour de sa cabane en pleine nuit.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Dim 30 Mai - 18:06

    Himmel balaya mes craintes de avec quelques mots, m'assurant qu'elle n'avait en aucun point été vexée. Mais peut-on vraiment s'en remettre au mot d'un interlocuteur qui se nourrit à vos frais ? Bien sur que non mais je ne voyais nulle hypocrisie dans les yeux de cette demoiselle que je ne me lassais plus de regarder. La voir ingurgiter une quantité improbable de crème fouettée me remplissait d'allégresse. Une joie toute simple, la même qu'elle prenait en sentant dégouliner dans sa gorge le chocolat chaud. J'en reviens à mon thé un instant, fermant enfin mes paupières pour mieux de savourer.

    Mais les paroles de la jeune fille me rappelèrent à la réalité. Ainsi elle n'avait pas les moyens de s'éterniser ici ? Quelle tristesse d'être pauvre. Oui vraiment! Ne pas pouvoir vivre comme on l'entend, être dépendant, devoir se restreindre, voir son centre de fréquentations se rétrécir. Je priai pour que cela ne m'arrive jamais. Ma famille serait toujours là pour m'appuyer financièrement, alors je m'aurais probablement jamais besoin de travailler et même si nos problèmes d'argent, car nous en avions, nous en avions toujours eu, étaient forts présents je ne me considérai pas comme "pauvre".

    En ce qui la concernait, je devais avouer que j'étais un peu déçu de la savoir si démunie. Non pas que je sois du genre à vérifier les revenus journalier de mes relations mais étant originaire d'Amenthalys cela avait un poids non négligeable dans la façon de me comporter. Mais étrangement, avec elle qui me plaisait naturellement, mes préoccupation pécuniaires ne se faisaient pas vraiment sentir. En vérité j'étais d'avantage peiné de la voir s'évaporer de cette ville plutôt que de savoir qu'elle n'avait pas de quoi de payer une crêpes aux myrtilles. J'acquiesçai néanmoins, impuissant. Je n'osais pas lui proposer de rester dans mon propre appartement. Déjà que je ne l'aurai jamais demander à une fille de mon âge alors à une enfant! Je n'avais pas vraiment envie de passer pour le pire pervers d'Amenthalys même si de là où nous étions seuls ses fantômes pouvaient nous entendre.

    Je restai muet, torturé, les yeux rivés sur mon thé jusqu'à l'arrivé du serveur. Il déposa délicatement nos commandes avant de s'en aller. Saisissant une petite culière je m'attaquais aux pommes caramélisées qui ornaient ma part de gâteau. J'en prie une bouchée mais dû reconnaitre que mon grand frère était bien plus doué en cuisine. Ce n'était pas du vol non plus... c'était un travail d'amateur. Je souris intérieurement et demanda à ma charmante compagne:

    "Qu'en dites vous ?"
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 31 Mai - 17:38

Himmel resta silencieuse une fois avoir confessé ses difficultés financières, prenant de temps à autres une gorgée de chocolat ou regardant discrètement un Carol plongé dans ses pensées et savourant son thé. Elle espérait secrètement qu'il lève ses yeux à nouveau, mais il ne le fit que lorsque le serveur revint, et que son regard était tourné vers sa prochaine collation. Il posa leurs assiettes devant l'homme et la jeune fille, cette dernière jetant des regards avides à la crêpe. Ni une ni deux, elle se saisit de ses armes et trancha sa victime sans merci, fourrant un gros morceau de crêpe dans sa bouche. Une explosion de saveurs se produisit ensuite, la fraicheur des myrtilles avec le moelleux de la crêpe résultait en une union très agréable, l'acidité de ces premières étant effacée par un peu de sucre glace. Elle commençait à caler, mais, pour le bien de ses finances, elle se devait de continuer ce combat si agréable...

La question de son bienfaiteur lui fit pencher la tête sur le côté, signe qu'elle recherchait une réponse digne de ce nom.


-C'est inhabituel mais plutôt bon.

Cinq minutes plus tard, elle en était à mi-chemin. C'était qu'elle en avait avalé la petite. Le chocolat chaud commençait à refroidir, donc il serait plus facile de le boire, même si il en resterait toujours un demi-litre à ses yeux. Elle avait eu un faible pour la crêpe visiblement, car il n'en restait plus qu'un quart. Ah, cette sensation de ventre rempli lui donnait soudainement l'envie de piquer un petit roupillon... Ses yeux se fermèrent à moitié mais elle secoua la tête, évitant de céder aux avances de Morphée avant d'avoir fini ce royal repas. Mais comme le sommeil est une chose que l'on ne peut combattre pendant très longtemps sans en ressentir les effets, elle tomba lentement mais pas moins lamentablement, la tête à moitié dans le verre de chocolat, les yeux fermés et le souffle lent. Ses bras tout comme ses cheveux pendouillaient un peu n'importe comment, donnant l'impression qu'elle était comme une marionnette laissée à l'abandon.

Carol ne devait pas être au bout de ses surprises avec elle.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mar 1 Juin - 19:13

    J'écoutais distraitement la mélodie des couverts s'entrechoquant dans le restaurant, les yeux baissés sur ma commande. Contenant bien évidemment mon envie de lancer un regard avide à ma compagne. Lorsque je risquais un rapide coups do'eil, ce fut après le départ du serveur pour la voir dévorer littéralement cette pauvre crêpe sucrée. L'innocent désert fut sauvagement déchiqueté par deux assassins ayant pris la forme d'une fourchette et un couteau, rependant un sang violet sur toute l'assiette. Quant aux lambeaux ainsi arrachés, ils étaient engloutis sans pitié, disparaissant à jamais, achevant d'être broyés par une rangée de blanches quenottes. L'espace d'un instant je me réjouis de mon statut d'humain et non de nourriture. Quel triste destin tout de même... être une crêpe... Qu'est-ce que je raconte ?

    J'en retournai à ma tarte que je découpais, moi, avec élégance, comme un petit bourgeois d'Amenthalys. Enfonçant le tranchant de la cuillère jusqu'à entendre le léger tintement de l'ustensile contre le verre poli avant de porter le petit morceau à mes lèvres entrouvertes. Tout à ma dégustation je l'entendis ajouter, rêveusement que c'était "inhabituel". Qu'est-ce qu'avait une crêpe comme celle-ci de peu commun ? Peut-être qu'effectivement, elle n'avait même pas les moyens de se nourrir correctement ? Cela expliquait sans nul doute sa relative maigreur sous ses pauvres vêtements. Je me contentai de hocher la tête, visiblement distrait, moi aussi, avant de relever machinalement les yeux sur elle.

    Malgré le bourdonnement des conversations, les concerts de verres qui s'entrechoquent et enfin de ma propre présence (ce qui n'était pas rien tout de même!) je la vis s'endormir. Lutter d'abord contre le sommeil, puis se laisser basculer dans les abîmes des rêves. Je pus presque en percevoir toutes les étapes, d'abord sa tête qui dodelina puis s'affaissa complètement, ses couverts lui glisser des mains comme tant d'armes inutiles à présent, laissant un répit à ce pan de crêpe rescapé. Son nez se mit à plonger inexorablement vers le verre encore à demi vide - saleté de pessimisme - pour presque s'y écraser. Heureusement, je me levai prestement, bousculant un peu ma chaise et lançait mes bras contre ses épaules pour la retenir. Malgré le choc, elle ne semblait pas se réveiller et s'en remettait totalement à moi, sans en être consciente. Petite poupée de chiffon entre mes mains gantées. J'eus un sourire, je l'avoue, attendri devant tant de candeur enfantine. Une gamine épuisée qui, après avoir avaler quelques bouchées sombrait dans le sommeil le profond.
    Je finis par faire le tour de la table de façon à appuyer surement son dos fragile contre le dossier de la chaise. Un fois stable, je retirai mes doigts de cette robe salie par le voyage et appelait une nouvelle fois le garçon.

    Apparemment ravi de se voir régler une note exorbitante pour le goût infect de cette tarte aux pommes, et surtout de voir deux clients particulièrement agaçants s'en aller, il accourut presque. Comme à un chien fou remuant la queue auquel on daigne donner un os du bout des doigts, je lui remis le compte en liquide avant d'adresser un coups d'oeil à la jeune fille qui dormait là. Qu'allais-je en faire ? Je ne pouvais pas attendre qu'elle se réveille et sans doute avait-elle besoin de plus d'une heure pour récupérer d'une route désespérément longue. Un lit lui était nécessaire et au moins une nuit de sommeil. Et pourtant, elle comptait déjà s'en aller. Physiquement, cette soudaine crise de fatigue témoignait qu'elle en était incapable. Aussi résolus-je qu'il était de mon devoir de lui trouver un endroit où se reposer. A moins que tout cela ne fut qu'un pathétique prétexte pour la garder un peu encore à mes côtés ?

    Je soupirai finalement, organisant mon fardeau, car j'allais bien sur devoir la porter, elle et son sac; je rangeai brièvement et sans soin mes vêtements de voyages dans ses propres bagages puis chargeai cela sur mon épaule droite. Le plus musclé, étant un sabreur de renom. Le poids de cet horrible patchwork était impressionnant, mais je tins bon, comme la première fois. Puis, ce fût elle dont je dû m'occuper. Un peu gêné, hésitant, je finis par glisser mes avants bras sous son dos et sous jambes avant de la soulever. Aujourd'hui encore je remercie le ciel qu'elle fut si mince car un kilo de plus et je m'écrasai à terre. Je la blottis tout contre moi puis me dirigeais vers la sortie. Un homme, bienveillant, se leva de sa chaise et m'ouvris, me voyant ainsi chargé. Je le gratifiai d'un sourire, puis quittai les lieux.

    Inutile de m'étendre sur le chemin qui ne fut heureusement pas très long. Mon appartement se situant à quelques pâtés de maisons de là. Une fille qui sortait justement me tint aimablement la porte et je fus si ravi de cette coïncidence, que je manquai de me prendre la porte lorsqu'elle la lâcha. Avec mon sourire de bienheureux, je parvins à ouvrir la porte de mon modeste chez moi. Je me ruai dans ma chambre et déposai Himmel sur mon lit avant faire glisser son sac contre le mur. Ainsi débarrassé, j'eus soudain l'impression que mes bras... se reconstituaient! Que mes muscles refaisaient surface! Mon dos lui aussi, qui m'avait fait tant souffrir craqua de plaisir lorsque je m'étirai. J'ignorai si toute cette agitation avait un temps réveillé Himmel, mais lorsque je posais mon regard sur son adorable visage, je ne vis que le doux masque du sommeil.

    D'une main leste je tirai les rideaux, et étendait sur elle une fine couverture, jusque là pliée en bout de lit. Puis, ne voulant pas me montrer inconvenant, je disparu de la pièce. Fermai la porte et m'allongeai à mon tour dans le canapé. Je ne m'étais pas rendu compte comme tout cela avait été épuisant jusqu'à ce que je ferme les yeux et sombre, à mon tour.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mar 1 Juin - 20:58

Himmel sombrait dans des rêves de plus en plus sombres, mais elle y était habituée. Ses rêves ne sortaient pas spécialement de l'ordinaire. Ils étaient juste lugubres. Mais pas des cauchemars assez communs, ou le monstre caché sous votre lit vous fait un sourire qui vous glace le sang, tout en laissant entrevoir sa magnifique dentition digne des égoûts d'une grande ville. Des rêves sombres. Un monde monochrome étonamment réaliste qui défilait sous ses yeux, douze heures sur vingt-quatre.

Cette fois, elle rêva qu'elle marchait dans les marécages qu'elle connaissait si bien. Elle se baladait avec une facilité déconcertante de tronc émergé en tronc immergé, abritée par l'épais feuillage de la forêt aquatique. La couleur de l'eau était à mi-chemin entre le marron de la vase et le rouge du sang frais. Mais peu lui importait visiblement, et elle continua son chemin en trempant ses pieds dans le liquide sale. Enfin, après un ballet exécuté parmi les arbres, elle vit son cher logis. Sautant une dernière fois, elle glissa puis tomba, s'enlisant dans ce piège chaud dont elle ne put s'en sortir avec sa force physique de mollusque trisomique. Alors, s'abandonnant à l'obscurité des fonds, elle ferma les yeux -en rêve- et atterit dans un tout autre endroit. Un cimetière. Le ciel était gris, brodé de nuages noirs, et un soleil mélancolique déversait quelques rayons sur le sol ou les flaques d'eau ressemblaient à des larmes. Sa perception étant toujours égale, elle vit des dizaines de spectres, amassés les uns à côté des autres, puis une tempête de chocolat, un déluge de myrtilles....

Et enfin ce délire étrange prit fin et la banshee s'éveilla. Une heure et demie devait être passée. Ses paupières se soulevèrent, laissant ses yeux d'emeraude capter un filin de lumière. Elle était allongée sur un lit, assez confortable, sous une douce couverture qui semblait lui sussurer de dormir encore un peu plus. Mais pas avant d'avoir inspecté ce lieu. Elle s'était endormie la tête dans son verre de chocolat chaud, c'était un fait. Mais depuis quand avait-elle le pouvoir de téléportation?! L'endroit en lui-même était assez petit mais meublé avec goût; les rideaux des fenêtres semblaient avoir été tirés à son intention. Son sac gisait dans un coin de la pièce et, après en avoir méticuleusement vérifié son contenu, aucun objet ne manquait à l'appel. Elle se redressa et se leva, sentant encore le poids de ce qu'elle avait avalé dans son estomac. Sa robe grise était un peu chiffonnée par ce périple, ses cheveux un peu emmêlés, mais peut lui importait une fois de plus. Pieds nus et faisant le moins de bruit possible, elle ouvrit la porte qui la séparait d'une autre pièce, elle beaucoup plus éclairée.

Et à l'interieur de celle-ci, entre autres, un Carol endormi sur le canapé, visiblement exténué. Ne prêtant d'attention qu'à lui, elle contourna une table basse, marchant toujours à la même allure calme et détendue, et s'agenouilla de façon à voir son visage avec précision. Il avait l'air mille fois plus calme que lors de leur rencontre. Mais soudain, elle se ressaisit. Que faisait-elle, en train de regarder cet homme endormi l'air de rien? Ses longs cheveux blonds lui chatouillaient les narines et ses yeux l'observaient sous ses moindres détails.

Evidemment, il ouvrit les yeux au moment ou elle s'y attendait le moins.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Sam 5 Juin - 23:25

  • Imaginer un échiquier à perte de vue dont les cases, semble-t-il, ne sont jamais parvenues à s'accorder sur leurs dimensions. Quant à leurs couleurs, lasses d'un monde monochrome, les noires se sont parées d'un rose framboise. Et pour parfaire cet étrange paysage des vallées s'offrent à vos yeux, oscillantes entre les vagues rondelettes d'un océan difforme et les collines d'une campagne malade. Ici et là, poussent des arbres immenses et dépourvus de feuilles.Leurs branches arachnéennes sont comme leurs écorces faites de la même matière que celle du sol. Une sorte de plastique lisse. A l'approche de la cime les motifs deviennent de beaux losanges ridés, comme dessinés par un enfant hyperactif, en pleine crise d'hystérie, sous une pluie battante. Quant au ciel... - y a-t-il pire paysage que cette voute uniforme ? - est d'un gris opaque, qui tend à se rapprocher du sol au fil des minutes. Une couleur, une chaleur qui vous oppresse la poitrine, vous pèse sur les épaules.
    Soudain, apparaît une table et deux chaises, quatre tasses... toutes dans cette matière atroce, dans ces tons immondes. Du thé rose se met en devoir de remplir ces mugs. Inlassablement, il continue à être versé par un personnage invisible. Ce dernier ne semble pas s'apercevoir que l'eau chaude – en est-ce vraiment d'ailleurs? - déborde et se met à ruisseler sur la table comme un torrent bouillonnant, de plus en plus vite avant se maculer vos jambes qui vous aviez commis l'erreur de vous asseoir.

    Et j'ai commis l'erreur de m'asseoir. Mon frère en avait fait de même puisque nous discutions jusqu'à lors de politique, face à face. La douleur fut aussi vive pour moi que pour lui et je me levai prestement. Mais lui se contenta de hurler en voyant les tâches roses envahirent sous costume blanc tandis que le mien, d'une couleur noire ne présentait presque aucune trace. Il souffrait je ne pouvais rien faire. Je le regardais, impuissant. Puis la forêt se rapprochait... elle avait jailli du plateau de jeu comme une armée de champignons en rangs serrés. Et déjà, des spectres sans jambes apparaissaient, le gris perle du ciel était d'un violet abominable. Leurs cris, ceux de mon frère... c'était insupportable...

    Je m'éveillai, déboussolé. Pour voir en face de moi Himmel. Je lui adressai un regard bovin, dépourvu de toute intelligente dans lequel la stupeur laissa place à l'incompréhension. Qui était-t-elle ? Où étais-je ? Mon frère ? Ce salon...

    Je mis du temps à rassembler mes esprits, peut-être une minute entière tant mon cerveau sortait épuisé de ce cauchemar que j'évaluai en temps que tel. En effet, comment expliquer cet enchainement d'évènements incohérents, puis cette téléportation pour le moins brutale qui m'envoyait dans le canapé de mon salon si ce n'est pas un mauvais rêve. Pourtant, il y avait une chose de surprenant dans cette histoire. Plus que la vision des spectres ou même celle d'Himmel - qu'on me pardonne de les mettre sur le même plan - c'était que je n'étais guère sujet aux hallucinations de ce type. Si j'étais d'un naturel angoissé voir torturé parfois, je dormais très bien et ne gardais toujours qu'un vague souvenir de mes errances nocturnes. Là, c'était tout à fait différent, autant par cet aspect psychédélique que par le temps que j'avais mis à retourner dans le monde réel.

    Quelle mine effarée je devais offrir à cette jeune fille!... Les souvenirs me revenaient enfin! Je me remémorais notre rencontre pendant que j'essayais de m'asseoir convenablement. En revanche, je me demandais pourquoi elle était en train de m'observer ? Est-ce sa présence qui avait déclenché mon rêve ? Ou simplement notre rencontre ? Combien de temps avais-je pu dormir ? Distraitement, je jetais un coups d'oeil à la pendule en face de moi, accrochée en haut du mur blanc. Comment ? J'avais presque sommeillé 2heures ? Je me pris la tête à deux mains et tentais une bonne fois pour toutes de faire revenir toutes mes facultés mentales. Finalement, lorsque je sentis la réalité suffisamment tangible, que je m'éloignais de toutes interrogations relatives à ce rêve je me redressais et m'efforçais de sourire à Himmel. J'avais dû sursauté en ouvrant les yeux et mon attitude avait pu lui faire peur ou du moins l'inquiéter. Aussi lui assurais-je que j'allais bien:

    "Pardonnez moi j'ai fait un mauvais rêve."

    Cela étant dit je finis par lui sourire et par me lever doucement. Ne pas l'effrayer, quoi que ce fut difficile.

    "Avez vous bien dormi ? Vous désirez quelque chose à boire ?"
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mar 8 Juin - 18:18

Elle recula la tête, le laissant s'éveiller... à sa manière. Il releva le haut de son corps, lui lança un regard surpris, puis jeta un regard furtif vers le mur, mit sa tête entre ses mains et réapparut enfin avec le visage et l'expression qu'il arborait tout à l'heure, un petit sourire en plus, s'excusant en disant qu'il avait fait un mauvais rêve. Tiens, quelle coincidence, elle aussi. Il se leva enfin, contournant la même table basse qu'elle avait contournée quelques secondes plus tôt. Quant à Himmel, elle s'assit au même endroit du canapé ou il reposait il y a peu de temps, profitant en même temps d'une place chauffée. Ils avaient ainsi donc échangé de position. La jeune fille prit la parole pour répondre à sa question, même si son attention était actuellement attirée par autre chose, que vous avez sans doute deviné:

-Très bien. Merci, mais j'ai assez mangé pour deux jours.

Sa réponse fut sans émotion particulière. C'était un fait, voilà tout. Revenons donc à la chose vers laquelle elle tournait ses yeux. Les fantômes étaient présents dans chaque endroit. Dans chaque maison, dans chaque appartement, WC, stade, dans chaque trou paumé du monde, il y avait quelqu'un. Les esprits allaient et parcouraient Sphera au gré de leurs envies. Mais, quand l'un d'entre eux décidait de s'installer en un endroit, c'était la fin des haricots. Et le retour des clichés tirés de films de série Z. Cependant, ils n'avaient pas le don de possession. Ils influençaient juste le monde, de façon à dire "qu'ils étaient là". Et, en l'occurence, un esprit était là, entre eux deux, faisant fi de la table basse. Quel horrible esprit. Elle en tremblait rien que de le voir. Il était facile de déterminer de quelle façon il avait péri: la seule chair qu'il restait sur son corps était calcinée au possible et son visage -enfin, ce qu'il en restait- restait figé sur une expression de peur. Quel horrible esprit. Il répétait sans cesse une phrase , mais elle eut du mal à l'entendre. Elle prit un air serieux, et se tourna vers Carol:

-Avez-vous beaucoup de problèmes ici?

Une fois la réponse donnée, la jeune fille se plongea dans une reflexion ennuyeuse, laissant quelques anges passer. Elle n'avait aucun sens, si ce n'était celui de la laisser entendre plus précisément ce murmure et de faire un peu de silence. Et enfin, après un temps qui devait sembler infini, elle dit calmement et sans justification aucune:

-Cet endroit est maudit.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Lun 14 Juin - 23:05

    J'acquiesçai poliment et me dirigeai tout de même dans la cuisine pour mettre de l'eau à chauffer. Tel un enfant capricieux, j'aimais me rassurer avec une bonne tasse de thé suite à des émotions fortes. Je laissai la porte ouverte de façon à entendre clairement la petite Himmel restée sur le canapé. De nous deux, c'était sans doute la plus fatiguée et elle méritait amplement cette place, d'autant qu'elle était mon invité. Trouvant d'ailleurs étrange de ne pas avoir eut des remarques de ce côté là, je me demandai si cette jeune fille avait bien tout sa tête. De son côté, si je m'étais brusquement retrouvé chez une femme de dix ans mon ainée, j'aurai sans doute fait une crise panique... ou me serai mis à pleurer ? Mais peut-être était-elle encore plus indolente que moi, capable de se satisfaire de situations étranges et improbable. Les enfants, de nos jours, sont forts blasés mes amis.

    Alors que je tentai ma chance à la recherche d'un peu de thé en ouvrant chaque bocal d'une grande étagère, la voix de ma protégée lui parvint. Sa question était pour le moins surprenante, j'en fut quelques peu désarçonné. Avais-je déjà eu des problèmes ici ? Non, il ne me semblait pas. La poussière revenait trop vite à mon goût mais cela tenait sans doute du fait que je passais très peu de temps entre ces murs. La plupart du temps j'étais à Amenthalys dans la propriété familiale, et le reste de la journée j'errai dans les rues de Karnevale Avenue. Je ne venais ici que pour dormir ou boire un thé, rarement pour travailler même si cela m'étais arrivé. En y réfléchissant bien, j'avais toujours su que cet appartement n'était pas le mien. Mais j'avais attribué rationnellement ce fait à ma présence intermittente. L'un dans l'autre, je devais bien avouer que rien de particulier ne s'était passé ici depuis mon arrivé.

    Lorsque j'avais commencé à payer le loyer, le propriétaire ne m'avait pas donné d'information spécifiques à l'historique de l'endroit. Et apparemment ces murs étaient "maudits." Je regardai Himmel en passant ma tête dans l'encadrement de la porte, mes mains occupées à remplir une théière. Sur mon visage, on pouvait sans doute lire plus l'incrédulité qu'un quelconque effroi. Certainement parce que mon esprit fondamentalement rationnel avait du mal à se concentrer sur quelques choses de complètement spirituel. Le ton d'Himmel n'était pas non plus particulièrement terrifiant et sincèrement, si je n'avais pas été plusieurs fois témoin de son don, j'aurai étouffé un rire.

    Mais si elle était réellement une médium et non une quelconque schizophrène, savait-elle quelque chose d'important que j'ignorai totalement ? Assez tranquille cependant, je ne me pressai pas, terminai ce thé et me plongeant de nouveau dans les étagères, saisis deux tasses et les posa sur un plateau qui errait là. D'une main rêveuse, je tentais de démêler un peu mes cheveux et passais mes doigts glacés sur mes traits chiffonnés pas le sommeil. Avais-je une belle marque d'oreiller sur la joue ? Probablement. Mais je n'était plus à cela près. Et ma compagne non plus n'était pas tout à fait rêvée. Je l'espérais en tout cas, car j'aurais désiré qu'elle oubliât bien vite ma tête ahurie par l'assoupissement.

    Lorsque je revins dans le salon je disposais nos tasses et y versa un filet d'eau chaude infusée. Je devais l'avouer, je ne me souvenais plus vraiment de la qualité de ces herbes. Je les espérais correctes mais ne tenant pas à partir en quête d'un quelconque sachet d'origine. Je finis par m'asseoir à côté de mon invité, prenant soin de laisser un espace entre nous deux. Gentleman oblige.

    "Puis-je vous demander ce qui vous fait dire cela, Himmel ?"

    Je pris un air doux et posé, ne tenant pas à la regarder, je me contentais de baisser les yeux sur ma boisson en me penchant pour la saisir.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Mer 16 Juin - 15:07

Malgré le fait qu'Himmel ait clairement dit qu'une miette de plus dans son estomac la ferait au mieux vomir et au pire.... Je n'en dirai rien, Carol se dirigea tout de même vers ce qui semblait être une cuisine pour faire ce qui semblait être du thé, vu l'odeur qui se répandait à présent dans tout le logis. Quand celui-ci entendit cette déclaration pour le moins surprenante, il fut... Surpris, bien evidemment. Qu'est ce qu'une inconnue qui n'avait jamais pénétré ici pouvait dire sur l'endroit dans lequel il habitait (un quart du temps, mais ça ne compte pas)? Néanmoins, aucun commentaire, si ce n'est qu'il remit sa tête derrière la porte et revint quelques minutes plus tard avec un plateau chargé d'une théière et de deux tasses assorties. Et, en l'espace de quelques petits instants, elle se retrouva avec une tasse remplie à ras-bord de boisson chaude, fumante et parfumée, qui, comme la couette épaisse et l'oreiller moelleux, lui donnait envie de dormir jusqu'à demain. Et, au moment ou elle la porta à ses lèvres, même si elle n'en avait pas la moindre envie...

"Puis-je vous demander ce qui vous fait dire cela, Himmel ?"

Et toc. Elle s'interrompit et la reposa, les doigts à moitié brûlés par la chaleur. Et la réponse qu'elle allait donner serait capitale. Comment dire aux gens qu'un fantôme murmurait des mots à seulement deux centimètres de leurs oreilles sans passer pour une folle en phase terminale? Himmel garda elle aussi les yeux rivés sur le thé d'un jaune sombre, semblant plus observer la table que chercher une réponse. Mais comment chercher quand vous entendez ça en permanence?


-Ausecours,ausecours,ausecours,ausecours,ausecours,jebrulejemeursj'aimalaidez-moi,aidez-moi,pourquoipourquoipourquoi....

Et ainsi de suite. Les lamentations du spectre parasitaient ses moindres réflexions, ce qui lui fit dire d'une voix chuchotante:

-C'est parce...

-Mafemmemafillemafillemafillej'aipeurpourquoiaidez-moi...

-Parce que...

-J'aimalj'aimalpourquoivousnem'aidezpas?Jesuislalalalalala,ausecoursausecours...

C'est parce que c'est mpossible d'en caser une, bon sang. Himmel se tut, laissant un silence au yeux de Carol. Mais, de son côté, c'était une cacophonie de plaintes qui lui brisaient le coeur et l'énervaient un peu aussi, à présent. Loin d'elle l'idée d'installer un quelconque suspense. Enfin, sa réponse vint:

-C'est parce que je l'ai vu.

Et elle but calmement une gorgée de thé.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Ven 25 Juin - 19:38

    Je portai la tasse à mes lèvres et écoutai l'adolescente bafouiller fébrilement à côté de moi. Je laissai donc mes yeux se noyer dans la couleur ambrée de mon thé pour enfin poser ce dernier sur la petite table. Malgré le temps que m'avais pris ces actions - car que mettais toujours plusieurs secondes à regarder ce type de boissons, pour une raison que j'apparente à un TOC -, Himmel n'était pas parvenue à énoncer une phrase compréhensible. Et, fidèle à l'image qu'elle lui avait donnée lors de leur première rencontre, elle tournait inlassablement autour du pot.

    Non pas que les discutions alambiquées et romantiques, qui en générales étaient les plus longues et les plus vides de sens, m'ennuyaient, mais je devais avouer que la façon de s'exprimer de cette enfant finissait par me gêner. J'étais quelqu'un d'assez calme et patient, mais lorsque je posais une question j'aimais entendre une réponse, même floue et étrange, ambigüe ou complexe, voir même une que je ne pourrais saisir. Mais pas ça. "Je l'ai vu". Oui, je m'en doutais. Je pensais deviner, tout de même que Hmmel avait "vu" quelque chose, et qu'elle ne lançait pas à la cantonade "cet endroit est maudit (vous allez mourir si vous rester là dans les trois minutes à venir!)". Mais est-ce difficile de lui dire quoi exactement? Pourquoi par tous les dieux de la sciences et des lettres, par toutes les diseuses de bonne aventure, continuait-elle à bredouiller des réponses vides et idiotes ?

    Mais peut-être étais je trop dur. Oui, ce genre de sauts d'humeur ne me ressemblait pas. C'était probablement ce rêve atroce qui m'avait mis de mauvaise humeur, qui m'avait irrité au point de devenir agressif dans mes pesées. Je devais agir avec raison si ma conscience me faisait défaut. Je devais me montrer courtois. Après tout, que savais-je de son don ? Peut-être était-ce difficile pour elle d'en parler ? Peut-être n'avait-elle pas, tout simplement, l'habitude de s'exprimer? Et après tout, je n'étais qu'un sinistre inconnu. Et toutes les tartes aux myrtilles n'y pourraient rien.

    Tout dans l'attitude de ma compagne me disait qu'elle ne me faisait pas confiance. j'ignorai alors pourquoi, mais je finis par respecter ce choix. Je lâchais donc la anse de porcelaine pour me tourner de nouveau vers ces immenses émeraudes. Sur mon visage étaient peints sérénité et sérieux. J'oubliais un instant sa beauté et cette délicieuse aura qui émanait d'elle, que j'avais ressenti avec intensité lorsque je l'avais porté ici, inconsciente, contre moi. Ma voix se fit calme mais mes paroles étaient sans détours. J'ignorai pourquoi, mais d'instinct je la forçais à se concentrer sur moi et à me parler comme à un grand frère. Ou un père. Après tout, j'étais beaucoup plus vieux qu'elle, je m'octroyais donc le droit de la prendre sous mon aile, en gentilhomme prévenant peut-être ?

    Himmel, qu'avez vous vu? Que voyez vous. Je vous conjure de me le dire.

    Je me fis violence pour continuer à la regarder sans me détourner. La lute intérieure que s'infligeait la blondinette m'était totalement inconnue pourtant j'éprouvais une certaine envie de la rassurer en la prenant dans mes bras, ou de m'enfuir aussi vite que je le pouvais, quitte à marcher sur les mains jusqu'à Amenthalys.

    J'étais un piètre psychanalyste, je ne comprenais pas très bien comment réagir face à un humain, quand un poème me semblait d'une extrême limpidité ou qu'une équation me paraissait d'une facilité déconcertante à résoudre. Les humains n'étaient pas des formules mathématiques. Ils n'agissaient pas de façon logique, ni d'une façon prévisible. Je craignis de l'avoir effrayée par mes propos. Peut-être aurais-je dû me montrer moins désagréable ?...
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Ven 25 Juin - 23:49

Le thé fut amer, et peu importe le nombre de sucres qu'elle rajouterait, il garderait cette même saveur. Elle qui prétendait qu'elle faisait toujours dans la clareté, quelle tête elle faisait! Elle perdait ses moyens face à Carol, et cela ne lui ressemblait en rien. Himmel leva les yeux et son regard partit dans le vide. Qu'est ce qui lui avait pris d'aller ici? Elle ne le savait toujours pas.

Les paroles du spectre, proférées comme une prière désespérée, saturaient son esprit de tristesse et faisaient trembler ses membres. Autant la détresse des humains ne lui importait peut, autant celle de ceux de l'au-delà la touchait étrangement. Mais il ne se s'arrêta pas, malgré tous ses messages télépathiques. Carol se tourna vers elle, elle en fit de même, simplement pour retrouver cette mer bleue et ondoyante qui occupait ses pensées. Il persistait à vouloir savoir, il voulait qu'elle lui avoue, qu'elle lui dévoile la chose qu'elle cachait sous le beau papier de soie des tergiversations, en la "conjurant". Balivernes. En quoi le fait de savoir qu'elle pouvait "voir" pouvait l'interesser? Mais quelque chose lui disait qu'elle devait le lui dire. Intuition féminine.... Ou instinct de survie, au choix. Très bien. Elle allait y aller comme ça, brut de décoffrage et ne pas aller par quatre chemins.

La tasse se posa sur sa soucoupe avec une douceur lui faisait froid dans le dos. Son regard apprécia d'abord la couleur du canapé puis revint à cet homme avide de réponses pas toujours très gentilles.


-Ce que je vois? La mort. Ceux qui sont passés de l'autre côté et qui cherchent la rédemption. Je vois cet homme mort ayant sombré dans la folie la plus profonde a force d'avoir attendu des personnes qui ne reviendront jamais. Voilà ce que je vois. L'inverse.

Elle reprit son souffle en baissant les yeux. Son ton avait été sec. Peut-être même trop. Mais il fallait que cela sorte un jour. Le silence avait repris ses droits sur l'appartement, avec en bruit de fond les plaintes chuchotées du mort et un bruit de foule provenant de la rue. Le thé était amer, peut-être plus qu'il ne l'avait jamais été. Himmel joua avec les pointes de ses longs cheveux blonds, en attendant une hypothétique réponse.
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MessageSujet: Re: Une rencontre aux portes des rêves [Terminé]   Dim 27 Juin - 15:44

    Je laissai passer quelques secondes de silence avant de reprendre la parole. Durant le laps de temps, j'observai Himmel, dont les yeux baissés considéraient le thé. Elle sirotait ce dernier par petites gorgées comme si le breuvage était imbuvable, amer ou acide. Son ton avait été sec mais je comprenais qu'un don comme le sien devait être difficile à assumer. Personnellement, sans être particulièrement peureux ou lâche, je ne pourrai probablement pas survivre à une vie peine de démons du passé, de cadavres qui me susurraient à l'oreille les conditions atroces de leurs morts ou les noms de ceux qu'ils avaient laissés derrière eux. Je supposais que les fantômes que l'on croisait ici et là n'avaient pas tous été des gens honnêtes et sympathiques; que quelques esprits de tueurs en séries devaient se promener dans ce bas monde. Choses que je donnerai tout pour éviter.

    En la regardant jouer avec ses cheveux blonds je songeais, outre qu'elle aurait besoin d'un bon shampooing et un ou deux rendez vous chez le coiffeur pour venir à bout de sa tignasse, a quel point avouer une telle chose devait être difficile pour une enfant. Je tenais à la soulager même si j'ignorai comment m'y prendre, je saisis sa petite main entre mes doigts gantés et me levai, au sourire presque paternel sur les lèvres.

    « Dans ce cas allons nous en Mademoiselle Himmel. Si vous vous en sentez capable, je vous propose de nous rendre dans le centre de Karnevale Avenue. Votre sac peut nous attendre ici. »

    Ajoutai-je avant de lâcher les doigts de ma compagne au cas où cela la gênerait je me dirigeai vers l'entrée de mon appartement « maudit » Sincèrement je me demandai comment un simple spectre incorporel pouvait m'attirer des ennuis autre qu'un vague sentiment de malaise. Et encore. Ce genre de « magie » ne devait agir comme un médicament placebo, elle n'agissait que lorsqu'on y croyait, qu'on savait ce qu'elle existait. Et sincèrement, si je ne réfutai pas l'aptitude de la jeune demoiselle derrière moi, je devais avouer que j'avais quelques doutes quand à l'effet que pouvait produire un fantôme sur le quotidien d'un mortel. Enfin bon.

    J'attachais mon sabre contre ma cuisse, serra la ceinture de mon baudrier et jeta un coups d'oeil dans le miroir accroché là. Je donnais l'impression d'avoir pris quelque drogue hallucinogène ou de me réveiller d'une cuite au whisky. Machinalement, comme si mon paraître m'importait (je devais d'admettre que j'aimais quand même ne pas faire peur aux passants dans la rue...) je tentai de nouveau de mettre de l'ordre dans ma chevelure et passait mes doigts sur mes paupières. Puis, alors que je réprimais un bâillement, je me dirigeai vers le salon, à travers la porte duquel je passais ma tête. Sur mon visage, un air interrogateur.

    « Voulez vous venir Mademoiselle ? »

    Je ne pouvais m'empêche de la vouvoyer, et de l'appeler mademoiselle. J'ignorai si c'était une agréable attention de ma part de la traiter comme les autres femmes, ou si c'était une façon froide de mettre une distance entre nous.

    En l'invitant à venir de la sorte je craignais aussi qu'elle refuse de partir, quoique les récents évènements tendaient à me faire croire qu'elle préférait fuir, et ce rapidement. Aussi sans prendre la peine de ranger notre encas, je lui offrais une porte de sortie. Comme l'heure avançais, le climat commençait à se rafraichir, mais je devais avouer qu'en dehors de ma veste que je portais alors sur moi je ne disposais pas de manteau pour elle, et surtout pas à sa taille. Mais avec un peu de chance, elle ne souffrirait pas du climat, puisque nous serons rentrer avant la nuit. A ce propos, les paroles de la petite me revinrent, celles-là mêmes qu'elle avaient prononcé lorsque nous étions assis l'un en face de l'autre au café. Elle comptait rentrer. Mais c'était impossible! A l'heure qu'il était, même en partant maintenant, elle voyagerait de nuit risquerait de nombreux périls. Je mis donc délibérément de côté l'idée de lui rappeler qu'il était déjà tard. Etait-ce par pure amitié ou bonté que je souhaitais la voir rester? J'espérais sincèrement que oui.
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